Quand on l’interrogeait sur ses sondages de popularité, Jacques Chirac avait coutume de citer l’adage de sa grand-mère : “Il faut mépriser les hauts et repriser les bas.” En clair, ne pas prendre la grosse tête lorsque les cotes de popularité sont bonnes, ne pas non plus sombrer dans la déprime, lorsqu’elles sont moins réconfortantes. Nicolas Sarkozy, qui gouverne l’œil rivé sur les sondages, a peu de motifs de satisfaction de ce côté-là depuis quelques mois.

Ainsi, par exemple, la dernière enquête Sofres pour Le Figaro magazine fait-elle apparaître un recul de quatre points par rapport au mois de juin, du pourcentage de Français qui font confiance à Nicolas Sarkozy. A 33%, il reperd quasiment tout le terrain gagné le mois précédent.

Il est vrai que le pouvoir exécutif n’est pas servi par la baisse du pouvoir d’achat. A l’heure où les Français préparent leurs valises, pour ceux qui en ont les moyens, le prix de l’essence est particulièrement dissuasif et oblige à rogner sur les envies d’horizons plus ou moins lointains. Alors comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, Nicolas Sarkozy s’adresse lui-même des satisfecits. Samedi, devant le conseil national de l’UMP, il s’est ainsi réjoui d’être parvenu en un an à transformer le pays. “Désormais, quand il y a une grève, personne ne s’en aperçoit”, a-t-il dit. “On peut réformer profondément les 35 heures. Désormais on peut faire la politique pour laquelle on a été élu.”

Il est pourtant un sujet sur lequel Nicolas Sarkozy aurait pu essayer de tirer la couverture à lui et s’est montré d’une grande sobriété, c’est la libération d’Ingrid Betancourt. Qu’il était tentant, pourtant, d’aller chercher lui-même l’ex-otage ! Mais le président français a su ne pas trop en faire. Il était normal qu’il s’exprime devant les caméras et les micros le soir même, normal aussi qu’il aille accueillir à sa descente d’avion la Franco-Colombienne. Or Nicolas Sarkozy, qui n’a pas mesuré ses efforts pour elle depuis un an, quitte à s’exposer aux ricanements et aux rebuffades des Farc, a su cette fois ne pas tirer la couverture à lui.

Modestie réelle ou suprême habileté, alors que les conditions de cette libération commencent à alimenter la polémique ? Peu importe. Ségolène Royal en tout cas aurait mieux fait de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de critiquer Nicolas Sarkozy sur la gestion de cette affaire. A trop décocher de flèches à ses adversaires, on rate parfois sa cible.