L’exploit tient souvent à un détail. Pour Guillaume Néry, phénomène de l’apnée profonde, ça se jouera une fois de plus dans la tête. A partir de ce matin, dans la rade de Villefranche-sur-Mer, située à quelques minutes de bateau du port de Nice, il va tenter de retrouver son titre de recordman du monde d’apnée “poids constant” avec un aller-retour à 113 mètres à la seule force de sa monopalme. Une performance à huis clos, sans médias ni sponsors : à quel­ques jours de ses 26 ans, Néry maîtrise l’énorme pression de l’eau dans les gran­des profondeurs, mais peine toujours à gérer celle du stress.

La plus grande profondeur jamais atteinte
Cent treize mètres. C’est un mètre de mieux que le record de l’Autrichien Her­bert Nitsch. C’est aussi la plus grande profondeur jamais atteinte par un apnéiste autonome… y compris lui-même. Car cette fois, Néry n’a pas “validé” cette performance à l’entraînement. Vendredi matin, lors de sa dernière séance, il avait prévu de descendre à 110 mètres, l’équivalent d’un record de France. Mais une panne de sondeur, l’appareil qui permet de le suivre sous l’eau et donc d’anticiper un quelconque pépin, a perturbé le programme. “On n’a pas le système de sécurité normal, tu fais une plongée moins profonde.” Olivier ne badine pas avec la sécurité. L’an dernier, c’est lui qui avait remonté à la surface Loïc Leferme après l’accident qui lui a coûté la vie. Sur le Zodiac jaune, personne ne bronche. La profondeur fixée est intermédiaire : 101 mètres. Néry blague en se savonnant les pieds pour enfiler la monopalme, puis se concentre. Déjà à l’eau, ses équipiers discutent fer­me : la chair de barracuda est-elle meilleure que celle de la dorade ?

Parti comme une balle
Relié au câble, sa ligne de vie, Néry plonge enfin. Il disparaît vite dans le bleu, suivi “à l’ancienne” : au chrono et au toucher de câble. A 1’ 40”, il doit théoriquement arriver au fond. Un à-coup dans le câble confirme : il remonte. Les apnéistes de sécurité partent à sa rencontre. Sur le bateau, les “tireurs de câble” sont déjà à l’ouvrage. “Apnéiste en vue”, il refait surface, lance le règlementaire “I’m OK”. “Je suis parti comme une balle sur les 40 premiers mètres; j’ai bien senti mes poumons s’écraser ; j’ai trouvé mon rythme.” Ce matin, il tentera le record… ou assurera à moins de 100 mètres. Question de feeling. Mais d’ici à vendredi, il compte bien accrocher un nouveau record à son tableau de chasse. Avant d’aller titiller la dorade.