"Nous n'avons peur de personne." Quand le grand Ghokan Zan a lancé cette réponse à la bonne centaine de journalistes présents lundi soir dans une petite salle du stade exigu de l'Austria de
Vienne, l'atmosphère, déjà lourde (34°), est devenue étouffante.
Dépliant un peu plus tard sa grande carcasse de 1,92 m pour 85 kilos, une vraie silhouette de janissaire – jadis troupes d'élite turques –, Ghokan, le défenseur central, a passé ce message : "nous allons combattre, ce sera difficile, mais nous allons franchir l'obstacle." A ses côtés, l'attaquant Semih Senturk, héros du peuple depuis son but contre la Croatie, l'a conforté : "Nous sommes déterminés à aller jusqu'au bout."
L'Euro est déjà réussi
Les Turcs ont acquis des certitudes ; dans leur faculté à renverser les situations, dans leurs "souffrances" – cinq blessés, quatre suspendus – mais aussi dans un soutien populaire incommensurable à travers l'Europe. Alp Segunler, journaliste turc de la TV Habertuk confie : "c'est une très grosse surprise pour le peuple turc d'être en demi-finale. En Turquie, C'est de la folie. L'équipe ne joue pas bien, mais elle gagne. Maintenant, que l'on s'incline 6-0 ou 8-0 face à l'Allemagne, l'Euro est déjà réussi."
Le rouleau compresseur
En face, les Allemands s'inquiètent – un peu – de la détermination turque. "Cette équipe est capable de tout", reconnaît le manager Oliver Bierhoff. Mais les joueurs de la Mannschaft, en écartant le Portugal, ont démontré que l'Allemagne restait cet incroyable rouleau compresseur aspirateur de victoires. Sans vouloir endosser le costume du favori, Mickael Ballack, au nom de tous les siens au repos durant trois jours, souhaite faire comprendre que ce n'est pas à l'Allemagne de frissonner.
"Face à la Croatie, nous avions manqué d'agressivité et d'engagement mais cela n'arrivera pas mercredi, tout le monde est impatient de jouer et veut aller en finale. Les Turcs essaient de nous
présenter comme le favori, car ils ont des soucis d'effectif, mais on ne doute pas qu'ils seront très forts." Le capitaine allemand appelle à la concentration, qui sera déterminante : "En demi-finale du Mondial 2006, nous avions perdu en fin de match contre l'Italie (2-0 en prolongation). On a appris ce jour-là qu'il faut jouer jusqu'au coup de sifflet final et que se déconcentrer peut coûter cher. La Turquie a prouvé dans cette compétition à quel point cela était vrai."
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