« Tous les appareils électroniques doivent rester à l¹extérieur ». La recommandation, entendue à l¹entrée de toutes les salles de concert, est aussi valable ici. A ceci près que la fouille se veut plus pointue, et les « videurs » ; bien plus nombreux. Nous sommes à Fleury-Mérogis, la plus grande prison d¹Europe : 3962 âmes ; dont 320 femmes et 390 jeunes, enfermés dans un site s¹étalant sur plus de 20 hectares. Cette année, pour quelques-uns d¹entre eux, la musique ne se résumera pas aux disques et à la télé. Elle sera une fête, et se vivra en « live ».
Politique d¹ouverture
À l¹origine du projet, une action menée par l¹administration pénitentiaire et le « Le Plan ». C¹est la seconde année que la salle de spectacle de Ris-Orangis propose à des groupes confirmés de franchir les barreaux. « Outre ce rendez-vous, des artistes viennent tous les quinze jours pour s¹entretenir avec les détenus » explique Ingrid Delabarre, directrice des politiques partenariales de la maison d¹arrêt. « Dernièrement, Grand Corps Malade, Diam¹s et Yannick Noah étaient là ». En empruntant le long couloir qui mène à « La Chapelle » ; les riffs de guitare et le claquement des cymbales se fait plus présent. La fête a déjà débuté.
Chaude ambiance
Sur scène, « El senor Igor » et « The Latitudes » donnent tour à tour de la voix. Dans une ambiance électrique, la moitié de la cinquantaine de détenus se déhanchent sur des rythmes hip-hop. En sueur, Platini*, 23 ans, qui s¹improvise break-dancer, se confie. « Que c¹est bon de la musique comme ça ! Ça me change de ma cellule, alors j¹en profite, et je danse, je me dépense, jusqu¹à être épuisé». Son voisin Baxter*, 29 ans, apprécie aussi. « J¹adore le hip-hop. En cellule, je me repasse tous les disques de Tupac et DMX. Mais là, c¹est en vrai. Et c¹est encore mieux ». Les yeux rivés sur la scène, Normal*, 25 ans ; hoche la tête au rythme des lourdes notes de basse.
« Si tu savais le plaisir que c¹estŠOn rigole, on danse, on peut chanter fortŠ En cellule, je fais attention à ne pas mettre mon poste trop fort, pour pas emmerder les autres détenus. Mais là ; là on se lâche dans un bon esprit, on profite. Et puis, je découvre des sons que je ne connaissais pas.
D¹habitude, moi, mon truc, c¹est la funk. Ma sélection ? Et bien, les Jackson 5, Aretha Franklin, Donna Summer, et Al Green. J¹adore la voix d¹Al Green, c¹est beau et ça te met la pêche.
Autres univers
Mich-mich*, 34 ans, avoue un faible pour la chanson française. « En ce moment, j¹écoute Renan Luce. Il est bien lui ! Et Cabrel, c¹est mortel Cabrel ! De la poésie pure. T¹écoutes, et tu t¹évades. Ça me fait penser à mes enfants qui m¹attendent dehors. J¹aimerais que leurs vies ressemblent à ses chansons ». Tandis que le deuxième groupe monte sur scène, Mich-Mich* confie sa vision de la musique. « Les sons, les instruments, tout ça, c¹est important. Mais, le point de départ, c¹est d¹avoir des bons textes. Tu vois, j¹écoute Raphaël. Et ben, j¹adore. Non mais, sérieusement, il est fort ce gars. Sa façon d¹écrire, ça m¹interpelle. Ça m¹évoque des souvenirs, mais aussi des souhaits, des rêves. Ça sert à ça la musique, non ? » Du haut de ses 19 ans, Zako 94*, se veut philosophe. « Il faut des moments comme ça. Ça permet d¹apaiser les tensions, et je peux te garantir qu¹elles sont nombreuses ici. Toutes les journées se ressemblent. Ta cellule, ta promenade, parfois des activités. La routine quoiŠ. Dans ma cellule, le poste tourne à plein temps. En ce moment, c¹est DJ LamsŠ Contre le stress, ca marche bien ».
« Sortir de la prison »
Au fond de la salle, Vincent Auberton ne rate rien du spectacle. A tout juste 22 ans, cet animateur socioculturel, travaille à l¹offre d¹activités pour les détenus. « Cela leur fait beaucoup de bien de sortir de l¹univers carcéral. Et puis ils ont l¹air d¹apprécier, non ? Notre travail consiste notamment à nouer des ponts avec l¹extérieur, à faire en sorte que la détention ne soit pas l¹image que l¹on veut bien en donner ». Pour participer à ce concert, les détenus volontaires n¹ont eu qu¹à s¹inscrire.
Par la suite, le chef d¹établissement dresse une liste des détenus, les plus « aptes » à être présents. « Il est clair que l¹on ne peut pas mélanger les profils de détenus » explique Ingrid Delabarre. Pour autant, le spectacle se déroule dans le meilleur esprit. Pour preuve, seul deux surveillants assurent la sécurité du lieu. « Ils connaissent les détenus, savent leur parler, les appréhender, et les canaliser. En cas de dérapage, d¹autres équipes interviendraient rapidement » ajoute t-elle.
Thérapie musicale
La musique adoucit les m¦urs, soutient le proverbe. « C¹est le moins que l¹on puisse dire » sourit un gardien. « Nous multiplions les démarches dans ce domaine » assure Ingrid Delabarre. « Nous organisons des ateliers d¹écriture, un animateur vient accompagner de sa guitare une fois par semaine. Nous remettons sans cesse les objectifs en perspectives : doit-on leur proposer la musique qu¹ils aiment, ou doit-on leur faire découvrir des univers, inconnus pour beaucoup ? » Selon elle, certains peuvent même s¹essayer à la musique. « Cela relève du pouvoir discrétionnaire de l¹administration pénitentiaire, mais il arrive qu¹un détenu puisse avoir accès à des instruments dans sa cellule, pour une durée limitée ».
Mich-Mich* confirme la porté de la thérapie. « Beaucoup d¹entre nous écrivent des textes. Alors on s¹écoute, on se corrige, on s¹encourage. On créé quelque chose, ce qui n¹est pas évident dans un lieu comme ça ». Le concert terminé, au moment de regagner sa cellule, il lâche : « Je me souviendrais longtemps de ce moment. On s¹est rassemblé, et cela à été un vrai moment de partage. Mais pour une fois, ce n¹était pas imposé. Nous l¹avons choisi. »
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Mis à jour 24-06-2008 01:31
Et Fleury-Mérogis s'évada en musique
Cinquante détenus ont assisté à la fête de la musique au sein de la prison

Musique live devant un public attentif Photo : Nicolas Richoffer/Metro
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