A 1300 km d’Alger, en plein cœur du désert du Sahara, le site de Krechba attire responsables politiques et journalistes. Mais ce qu’ils viennent voir est… sous terre. In Salah Gas, projet conjoint de l'algérien Sonatrach, du britannique BP et du norvégien StatoilHydro, exploite dans la région 7 champs de gaz naturel, le premier projet de développement du Sahara centrale.

L’immense structure en acier et orange de la station d’extraction de gaz qui s’élève au milieu de la plaine de sable est, elle, bien visible. Pourtant l’attraction n’est pas là. La particularité de cette exploitation est que des pipelines la relient à un site de stockage de carbone qui permet d’éviter, chaque année, qu’un million de tonnes de CO2, l’un des gaz responsables du réchauffement climatique, ne soit renvoyé dans l’atmosphère. « C’est l’équivalent de ce que rejettent 200 000 voitures roulant 30 000 km par an », explique Daoud Abdelaziz, chef de champ. Le site devrait être exploité pour au moins vingt ans.

Trop de CO2  dans le gaz
La raison d’être de ce projet est d’abord commerciale. Le gaz naturel extrait par In Salah a une teneur en CO2 trop élevé pour être commercialisé (6% en moyenne, contre 0,3% maximum). Il est donc de toute façon nécessaire de le traiter au moyen d'un solvant chimique, l'amine, pour en extraire l’excès de CO2. C’est le système de captage le moins coûteux, ce qui permet de réaliser l’opération à 6 euros la tonne alors que la tonne de CO2 s'échange sur le marché européen à environ 30 euros.

Ce procédé de captage est déjà utilisé à Sleipner, en Norvège, depuis 1996. Mais le projet algérien veut aller plus loin, notamment dans l’étude du stockage. Pour Mohamed Keddam, directeur général d'In Salah Gas, le site est un « laboratoire grandeur réelle ». Les deux réservoirs naturels souterrains (les aquifères), dans lesquels le CO2 est réinjecté sont surveillés en permanence avec des technologies 3D qui permettent de vérifier l’intégrité des puits et la stabilité chimique des éléments. Selon les ingénieurs du site, enfui à 190 mètres de profondeur, sous 900 mètres d’argile, il n’y a pas de raison que le CO2 ne reste emprisonné. "Nous souhaitons provoquer un effet d'entraînement en démontrant que le procédé est techniquement faisable, économiquement acceptable et géologiquement viable", explique Mohamed Keddam.