Mis à jour 11-06-2008 22:56
"La victoire du non serait un nouveau coup de massue"
La parole à Gaëtane Ricard-Nihoul, Secrétaire Générale "Notre Europe"

Photo : DR
Les Irlandais sont-ils vraiment indécis ?
Oui, il y a une vraie incertitude. C’est très serré et aucun camp ne se détache de façon très tranchée.
Comment expliquer le succès du camp « noniste » ?
Comme en France et aux Pays-Bas qui ont finalement voté « non », beaucoup de gens considèrent qu’ils n’ont pas suffisamment de clés pour comprendre le texte, assez complexe, du traité. Mais l’élément le plus fort en Irlande, c’est la question de la souveraineté, un réflexe moins présent en France. Les Irlandais craignent que leur « petit » pays ne se fasse manger par les « grands ». La presse eurosceptique s’appuie beaucoup sur ce thème. En matière de défense, on craint également des décisions supra nationales qui remettraient en question la neutralité du pays. Le « non » renvoie aussi en partie à un vote anti-establishment, dans la mesure où la plupart des grands partis sont favorables au « oui ». Enfin le référendum intervient dans un contexte de ralentissement économique après une période faste.
Quelles seraient les conséquences d’une victoire du non ?
Ce serait plus grave encore que les non français et néerlandais. Après une renégociation du traité initial qui a déjà duré deux ans, ce serait un nouveau coup de massue. Et un ultime remaniement du texte serait très difficile à réaliser. L’Irlande pourrait organiser un second vote, comme en 2001 : après un premier vote négatif, les Irlandais s’étaient finalement prononcés pour le traité de Nice en 2002. Mais l’option la plus plausible en cas de victoire du « non », c’est le statu quo : on en resterait alors au traité de Nice.
Les Irlandais partisans du non sont-ils ingrats envers les bénéfices que leur a apportés l’intégration du pays à l’Europe en 1973 ?
Dans une certaine mesure, oui mais cet argument culpabilisateur me semble inapproprié. Les Français aussi ont bénéficié de leur appartenance à l’UE même s’ils ne le savent pas toujours. Les responsables politiques qui disent une chose à Bruxelles et son contraire sur la scène nationale ont aussi leur part de responsabilité. De façon générale, on a sous-estimé la désaffection d’une partie de la population pour le projet européen. Et on leur demande d’adhérer deux mois avant le vote à un projet que les élites ont mis cinq ou dix ans à digérer.





