Le Premier ministre irlandais, Brian Cowen, n’est pas vraiment rassuré. Hier encore, il battait la campagne avec l’autobus du « oui » pour convaincre les indécis de ratifier le traité de Lisbonne, soumis au vote du peuple aujourd’hui.

Les parlements de la Finlande et de la Grèce ont ratifié le traité hier, mais c’est vers l’Irlande que tous les regards se tournent. Seule des 27 pays membres à se prononcer par référendum, l’île d’Emeraude fait trembler les partisans du « oui ». En désespoir de cause, Brian Cowen compte sur le « bon sens » des Irlandais pour remporter la partie. D’un commun accord, télévisions et radios n’évoquent plus le sujet depuis hier en attendant la fermeture des bureaux ce soir.

Ralentissement économique
Donnée pour acquise, la victoire du oui est apparue de plus en plus incertaine, à l’approche du jour J. Selon les derniers sondages, les deux camps étaient au coude à coude, avec un léger avantage pour le non. Les nonistes font notamment valoir le risque d’une hausse des impôts, d’une remise en question de la neutralité militaire du pays ou encore d’une légalisation imposée de l’avortement, actuellement interdit en Irlande. D’autres, comme Gerry Adams, le président du Sinn Fein, espèrent négocier ; grâce au non, un meilleur accord. Cette montée de l’euroscepticisme intervient dans un contexte de reflux économique.

Plusieurs scénarios possibles
En cas de rejet du traité, plusieurs scénarios sont envisageables : un deuxième vote pourrait être proposé. C’est ce qui s’est passé avec le traité de Nice, rejeté une première fois en 2001 par les Irlandais et finalement accepté, à l’occasion d’un second vote en 2002. Des garanties sur la neutralité militaire du pays avaient été ajoutées. Autre option : le nouveau traité pourrait être définitivement abandonné. L’Union européenne se contenterait alors du traité de Nice.

Quant à l’hypothèse d’une renégociation du traité de Lisbonne, elle donne des sueurs froides aux responsables européens : ces derniers viennent à peine d’accoucher dans la douleur d’un nouveau texte, après le rejet de la Constitution européenne par la France et les Pays-Bas. Enfin l’Irlande pourrait se contenter d’une intégration a minima au sein de l’UE, sur le modèle du Danemark qui a conservé sa monnaie, gère sa défense à part, etc. Dans tous les cas, si le non l’emporte, la présidence de l’Union européenne par la France à partir du 1er juillet prendra une autre tournure, d’autant que Nicolas Sarkozy avait fait de la mise en place du nouveau traité « une priorité »