08-06-2008 20:37
“Chaque passe peut constituer un danger”
Interview de Pierre Lumbroso, avocat et auteur de "Libre d’être putain ?"...
Pierre Lumbroso, avocat pénaliste au barreau de Paris depuis dix-sept ans, revient sur les problèmes posés par la loi sur la sécurité intérieure du 21 janvier 2003 et sur ses conséquences sur la prostitution à Paris.
D’où viennent les prostituées qui travaillent dans la capitale ?
“La loi de 2003 n’est pas efficace contre la prostitution internationale. Pire, elle est extrêmement dangereuse pour les filles qui travaillent de façon indépendante.”
Des pays de l’Est, d’Asie du Sud Est et d’Afrique noire. Ces filles travaillent essentiellement dans les bois de Vincennes et de Boulogne. C’est là que sévissent les réseaux internationaux. Il reste quelques prostituées “traditionnelles” dans des camping-cars, au bois de Vincennes, mais la majorité des filles viennent de l’Est. Le terrain est bien gardé, les bagarres sont fréquentes et les Françaises très vite délogées. Au bois de Boulogne, où la violence est tout aussi importante, les prostituées sont essentiellement des transsexuels ou des homosexuels. Les filles d’Afrique noire sont basées principalement en haut de la rue Saint-Denis. Les filles originaires de Thaïlande, du Laos ou du Viêt Nam, travaillent, sous la contrainte de proxénètes, dans des studios des tours du XIIIe, notamment porte de Choisy et avenue d’Italie.
Qu’en est-il des prostituées traditionnelles ?
Elles travaillent ou dans des camping-cars ou dans des studios loués rue Saint-Denis, place de la Madeleine ou près des bars de Pigalle. Aujourd’hui, elles ne constituent que 30% des 1 500 à 3 000 prostituées franciliennes. La loi sur la sécurité intérieure du 21 janvier 2003 a été adoptée pour lutter contre les réseaux internationaux de prostitution. L’idée était de criminaliser la prostitution en interpellant les filles afin qu’elles livrent leur proxénète. Les têtes de réseaux se trouvant à l’étranger, ça n’a jamais marché. Au final, cette loi pénalise les prostituées traditionnelles. Les bâilleurs qui leur louent des studios sont désormais considérés comme des complices. Les filles ont été contraintes de déserter le centre des villes pour aller travailler dans des lieux à risque, notamment les forêts, Rambouillet ou Fontainebleau. Avec l’insécurité qui y règne, elles ont dû faire appel à des proxénètes. Par ailleurs, les clients qui sont surpris avec une prostituée sont accusés de racolage passif. Résultat, ils vont sur Internet.
Quels sont les risques d’Internet ?
» Libre d’être putain ? Manifeste pour une prostitution choisie, éditions L’Harmattan, 150 pages, 14,50 euros.
Comme pour les petites annonces dans les journaux, elles ne voient pas la personne à qui elles ont à faire. Les risques sont beaucoup plus importants : violence, vols, pratiques sexuelles non voulues... Chaque passe peut constituer un danger.
Comment protéger le plus vieux métier du monde ?
Le racolage passif est passible de deux mois de prison ferme et de 7 500 euros d’amende
En le rendant plus transparent. Il faut que les filles puissent revenir travailler en ville et que des structures soient créées. Louer un studio, voir un médecin ou bénéficier de la sécurité sociale sont des choses auxquelles tout le monde a droit.
Les maisons closes ne sont-elles pas la solution ?
Ça ne réglera pas le problème des proxénètes. L’idéal serait qu’elles puissent travailler de manière indépendante.
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