Exit le Pays de Galles et la vie au bord de l’océan, destination maintenant le Portugal. Je quitte le bitume de la nationale en provenance de Lisbonne pour m’enfoncer sur une petite route en terre au bout de laquelle le panneau Grupo Lobo me confirme que j’ai bien atteint le lieu de mon nouveau projet éco-volontaire. Je vais passer deux semaines dans ce coin de verdure isolé à une vingtaine de kilomètre au nord de la capitale, où le Centre de Sauvegarde du Loup Ibérique accueille une douzaine de ces animaux emmenés blessés ou issus d’une captivité illégale. Ces loups - dont la population est stable dans le pays - ne peuvent souvent pas être réintroduits et coulent donc des jours paisibles ici, profitant de tout l’espace et l’attention qui leur est dû.

Mon travail à moi consiste dès le matin à faire une ronde autour du domaine pour m’assurer que les points d’eau où ils viennent s’abreuver sont bien approvisionnés. Puis tous les deux jours, je me charge du nourrissage ; je découpe les morceaux de porc et de bœuf achetés en ville pour les répartir en fonction du régime de chacun. Pour ceux qui sont sous traitement, je dissimule en même temps les pilules dans les épais bouts de barbaque. Vient ensuite la partie la plus amusante, la distribution. Les loups qui n’ont connu que la captivité viennent facilement au contact et je peux les nourrir à travers le grillage. Pour les plus craintifs, je me contente de leur envoyer leur pitance par-dessus la clôture. Quant aux plus vieux, qui n’ont plus l’usage de tous leurs sens, je dois entrer dans leur enclos pour leur déposer leur repas au plus près. C’est à chaque fois l’occasion d’admirer ces beaux canidés évoluer et de constater l’aisance avec laquelle ils viennent à bout de plusieurs kilos de chair fraîche.

J’aime aussi passer de longs moments perché en haut du mirador à scruter minutieusement les loups les plus timides. Ceux-là ne montrent que rarement le bout de leur museau. Je profite du jour où un autre volontaire est en charge de la distribution pour observer après son passage le timide animal sortir prudemment du bois, venir attraper son quartier de viande et aller se repaître à l’abri des regards.

Le reste du temps est surtout consacré à la prévention des feux de forêt qui sont assez fréquents dans la région. Je prends donc moi aussi part au débroussaillage pour éviter  que des flammes ne viennent un jour menacer cet endroit où le loup, si souvent injustement agressé, peut encore trouver refuge.Au coeur