22-05-2008 18:33
"Les quinquas ont encore la rage"
La tribune du blogueur de la semaine
Hier comme aujourd’hui, chômeur, je suis, actif je reste…
Hier on m’a dit : " Oh, oh, je vois bien sur la photo de votre C.V. que vous avez largement dépassé la quarantaine, dites-moi si je me trompe ? ".
Alors j’ai répondu : " Oh, oh, mais non, vous ne vous trompez pas, j’ai bien, largement, dépassé la quarantaine ! "
Comme vous, Monsieur le Président, j’aime me lever le matin depuis trente-sept ans de travail ininterrompu pour être fier de ce que je suis et rester digne.
Hier toujours, on m’a répliqué : " Je ne vous vois pas intégrer une équipe qui a entre vingt-cinq et trente ans, je ne vous vois vraiment pas. "
Il ne me voyait pas, c’est vrai, nous n’en étions qu’aux premiers mots, par téléphone…
Alors hier, comme tous les autres jours depuis six mois, je n’ai pas trouvé d’emploi. Parce qu’hier, comme tous les autres jours depuis six mois, la société ne veut plus de moi.
Je suis un " Quinqua ", j’ai ce fardeau-là, à porter, comme d’autres ont leur couleur, leur nom, leur mauvais quartier, leur identité… J’ai cet âge qui pèse trop pour être reçu et entendu… Et pourtant je suis bien vivant, j’ai toujours cette rage, au fond de moi, de l’emporter, de gagner, de travailler quoi !
Hier comme aujourd’hui je me suis battu contre des idées prédigérées… J’essaye de montrer, de démontrer que mes rides et ma calvitie ne m’ont pas encore achevé, que je ne suis pas fini, qu’elles sont les témoins du trajet d’une vie, qu’elles font preuve d’énergie, d’une vraie crédibilité aussi.
Alors à toutes celles, et à tous ceux qui recrutent aujourd’hui je veux demander de ne pas oublier ce qui fabrique une société… Qu’ils n’oublient pas que beaucoup d’entre eux faisaient encore dans leurs couches quand nous y étions nous déjà, les " Quinqua " au turbin de la solidarité. Je veux leur dire que c’est, à nous, aussi qu’ils doivent un peu de cette place qu’ils ont, eux, aujourd’hui dans Notre société…
Et puis à vous Monsieur le Président, à vous Mesdames, Messieurs de notre gouvernement, je veux vous dire qu’il faut cesser de semer des mots inutiles, de répandre des phrases assassines, de laisser croire à la France que les chômeurs sont fainéants. Je veux vous dire que, comme vous, Monsieur le Président, j’aime me lever le matin depuis trente-sept ans de travail ininterrompu pour être fier de ce que je suis et rester digne. Je veux vous dire encore que je n’ai pas les moyens de refuser un emploi valable, ne serait ce qu’un, un seul seulement pour lequel je serais embauché…
Je veux dire, enfin, à tous ceux qui me liront, qu’être chômeur ce n’est pas un état, pas une situation, qu’on n’a plus, dans ce cas, de position, qu’on ne s’en fait pas une raison, oh que non, qu’être chômeur c’est aussi une douleur.
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