Rachida Dati a présenté lundi un bilan « cohérent » après une année passée à la Chancellerie. Qu ’en pensez-vous ?

Je ne dirais pas la même chose. Je qualifierais plutôt cette année comme une période d’autoritarisme, dénoncé aussi bien par les personnels du ministère de la justice, que par les syndicats de magistrats, les ordres de la profession.

L’un des exemples les plus criants d’autoritarisme et de refus de concertation, concerne la réforme bâclée de la carte judiciaire. Sur le fond, nous avons vu beaucoup de lois d’affichage, principalement destiné à satisfaire l’opinion publique, sans rien régler sur le fond. Ce sont des illustrations quasi parfaites, de ce que l’on peut appeler le populisme pénal et la démagogie judiciaire.

La Garde des Sceaux s’est déclarée lundi, favorable à un décret instituant l’encellulement individuel. Une décision qui va dans le bon sens ?

Rachida Dati est bien obligé de faire ces déclarations, car la loi sur le sujet a été voté en 2003 dans le cadre de la loi Perben. Cette disposition reportait de cinq années ; la mise en place de l’encellulement individuel, que les socialistes avaient fait voter en 2000 lors de la loi Guigou. Cette mise en place devait débuter en 2003 ; mais Dominique Perben, en place à la Chancellerie à l’époque, à expliquer que les conditions n’étaient pas réunis pour mettre en place cette disposition, et par conséquent, qu’il fallait repousser le calendrier. Si Rachida Dati parvient aujourd’hui à organiser par décret cette mesure de façon convenable, je serais le premier à applaudir.

La surpopulation carcérale frôle des records…

Regardez les lois que Mme Dati à fait voter cette année, et qui s’ajoutent à celles de Mr Perben et autres ; tous ces textes aboutissent à augmenter sans cesse la population carcérale. Nous sommes dans une fuite en avant du tout carcéral, et qui ne résout rien sur le fond.

Vous évoquez dans votre livre la nécessité de mener de grandes réformes. Au vue du constat que vous dressez, par quoi commenceriez-vous  ?

Je crois à la nécessité d’une grande loi pénale. Je demanderais du temps à l’opinion publique, car il faut réformer en profondeur. Je solliciterais les parlementaires pour remettre à plat le code pénal, et le code de procédure pénal. C’est un chantier au long cours, qui demanderait 2,3 voire 4 ans. Il faut stopper ce flot de textes, qui s’accumulent sans cesse. Il faudrait également augmenter les moyens, pour faire de la prévention afin que la prison ne soit plus la peine centrale du dispositif pénal Français, mais qu’elle devienne la peine sommitale. Un seul chiffre : les détenus qui bénéficient de libération conditionnelle récidivent deux fois moins, que ceux qui purgent la totalité de leurs peines.

Que reprochez-vous au ministre de la   justice ?

Ce que je reproche à Mme Dati, c’est de manquer de courage vis à vis de l’opinion publique. Elle est titulaire du ministère le plus prestigieux de la république, le seul ministère dont le nom est aussi synonyme de vertu. Au lieu de faire de la pédagogie, elle fait de la démagogie, en suivant les emballements de l’opinion publique. Un fait divers survient, Nicolas Sarkozy fait installer des micros sur le perron de l’Elysée, et annonce une nouvelle loi.

Prenons un exemple : la loi de rétention de sûreté. Si un détenu, libéré après avoir « bénéficié » d’une peine de rétention de sûreté, récidive à sa sortie. Que dira Mme Dati à l’opinion publique ? Et Nicolas Sarkozy ? Ils passent leur temps à expliquer que, concernant la récidive, le risque zéro est leur objectif. C’est mensonger, en médicine comme dans la justice, le risque zéro n’existe pas. Le seul risque zéro face à la récidive, c’est le rétablissement de la peine de mort.