Deux heures. C’est le temps qu’il a fallu à Brillante Mendoza pour se mettre d’accord avec le projectionniste du Palais des Festival sur le niveau sonore de Serbis, l’un de nos coups de cœur de la compétition pour la Palme d’Or. Il faut dire que le troisième film de ce cinéaste philippin, situé dans un cinéma porno de la ville d’Angeles, a surpris plus d’un spectateur par son esthétique brute de décoffrage. « Les gens ont cru qu’il y avait un problème, mais non », sourit le réalisateur. « Dans le film, le son est une histoire en lui-même. Qui raconte cet environnement bruyant, épuisant, cette pollution sonore, auxquels les gens du cinéma s’habituent, comme la prostitution qui s’y déroule. »
Même topo avec la lumière sale et saturée qui transmet toutes les odeurs, surtout les mauvaises, de ce lieu de passage en folie. « Certains croient que j’ai tourné en numérique et que j’ai transféré le film sur pellicule. Mais non. Serbis a été réalisé avec de la pellicule Kodak. J’ai rajouté du grain car je ne voulais pas être trop propre, trop glamour. »
Né en 1960 à San Fernando, Mendoza a fait ses premiers pas au cinéma comme décorateur, avant de tourner des films publicitaires, puis de se voir offrir son premier long-métrage de fiction, Le Masseur, en 2005. Le deuxième, John, John sorti en Europe cette année, avait été présenté en 2007 à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs. « Avec la pub, j’ai bien gagné ma vie. Mais c’est avec le cinéma que je me réalise. J’ai été élevé dans une famille huit enfants. Mon père était paysan, ma mère femme au foyer. Chez nous, 10% des gens sont riches, 90% sont pauvres. C’est pour ces derniers que je fais des films. » Pour notre plus grand plaisir aussi !


















