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Mis à jour 16-05-2008 22:06

"Je voulais montrer la guerre sans gloire, ni bravoure"

L’Israélien Ari Folman a signé hier le premier choc de ce 61e Festival avec Valse avec Bachir. Un documentaire qui a recours aux techniques de l’animation pour relater la quête de mémoire de son auteur, jeune soldat à Beyrouth lors du massacre de Sabra et Chatila. Entretien express dans une limousine

Photo : LePacte

Valse avec Bachir, Palmes : 4
Un an après le prix du jury décerné à Persepolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, le cinéma d’animation surprend encore à Cannes avec l’œuvre à la fois unique et puissante de l’Israélien Ari Folman, Valse avec Bachir. Unique car c’est la première fois qu’un documentaire utilise à ce point l’animation pour raconter l’histoire avec un grand H, les massacres perpétrés les 16 et 17 septembre 1982, dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila par la milice chrétienne libanaise, sous le nez de l’armée libanaise en poste à Beyrouth. Puissante car le cinéaste, jeune soldat de Tsahal à l’époque, explore comme dans les meilleurs thrillers son imaginaire et celui de ses interlocuteurs pour retracer le fil des événements. L’occasion de somptueuses séquences oniriques qui servent de colonne vertébrale à cette quête d’identité parfois labyrinthique, mais tout le temps envoûtante. Une réussite.

Ce film, c’est une sorte de psychothérapie pour vous ?
Je pense oui. Avant de faire le film, je regardais des photos de moi à 18 ou 19 ans, lorsque j’étais soldat dans l’armée israélien, et je ne me reconnaissais pas. Comme si c’était moi, mais dans une vie différente. Maintenant que le film est terminé, je regarde les dessins du film – j’étais moins beau en vrai à l’époque – j’arrive à me dire, « oui c’est moi ». Nous ne formons plus qu’une seule et même personne.

Pourquoi l’animation et le documentaire en même temps ?
C’était la seule façon de raconter cette histoire. La fiction ? Ca ne m’intéressait pas et ce n’était pas possible en Israël d’un point de vue budgétaire. Qu’est-ce qu’on aurait vu ? Des hommes de 40-45 ans en train de raconter leur histoire assis devant une caméra ? En écrivant l’histoire je me suis rendu compte qu’il était question de mémoire, de mémoire perdue, de rêves, de subconscient. Plein de choses qui pouvaient être dessinées. C’est une décision artistique qui m’a donné la liberté artistique la plus totale.

Pourquoi montrer de vraies images du massacre de Sabra et Chatila à la fin du film ?
J’avais peur que les gens viennent au cinéma, regardent le film, et sortent en se disant que c’était un film d’animation super cool avec de belles images, une belle musique. Je voulais que ces 40, 50 secondes d’images réelles remettent les choses à leur place : tout ça est arrivé, des gens ont été massacrés.

Qu’attendez-vous du film, en Israël, et à l’étranger ?
L’invasion de Beyrouth, tout le monde sait depuis 25 ans que c’était une erreur. Pour ce qui est de la critique de l’armée, certains vont peut-être se mettre en colère. Mais après la seconde guerre au Liban, notre armée a été critiquée encore plus sévèrement qu’après la première. Israël, d’un point de vue de la liberté d’expression, est bien plus libre que ce que vous pouvez penser en France.

Le film se veut-il aussi l’écho de tous les conflits armés actuellement sur la planète ?
C’est absolument un film anti-guerre. Il montre la guerre de la façon la plus réaliste et banale possible. Sans glamour, ni gloire, ni bravoure. Parce que c’est comme ça. J’espère que les adolescents qui viendront voir le film le comprendront.

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