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Mis à jour 15-05-2008 20:11 Caroline Brun

Marc Levy: "Je reste un artisan du roman"

A l’occasion de la sortie de "Toutes les choses qu’on ne s’est pas dites" rencontre sans paillettes ni tabous avec l’écrivain "le plus lu de France"… et de Navarre.

Marc Levy

Photo : Nicolas Richoffer/METRO

Marc Levy

Dans votre nouveau livre, vous semblez renouer avec « vos fondamentaux » (le surnaturel notamment) ?

Je suis surpris d’apprendre que j’ai des fondamentaux ! (Rires) Mais en fait, je suis d’accord. Après « Mes amis, mes amours » et « Les enfants de la liberté », j’ai eu envie de renouer avec l’univers de « Et si c’était vrai », le fantastique. En fait, comme auteur, soit on suit un personnage récurrent, soit la liberté de l’écriture vous oblige à vous renouveler : on ne peut pas écrire le même roman chaque année !

Chute du mur de Berlin, sida, Afghanistan… Après « Les enfants de la liberté » ancré dans un contexte de seconde guerre mondiale, les personnages évoluent ici aussi au gré des événements historiques. Est-ce une volonté de continuer à dire des choses ?

Un best-seller, ça n’existe pas. On peut faire un coup en édition, comme avoir un scoop pour un journaliste, mais on ne peut pas décider d’être une fabrique à best-seller.

Je ne sais pas si j’ai la légitimité de dire, mais j’ai en tout cas l’envie de partager une histoire. L’exercice littéraire devient plus passionnant quand une vraie fiction s’inscrit dans le réel. Ca la rend plus vraie et plus authentique car il y a toujours là une part du personnage – Julia dans « Toutes les choses qu’on ne s’est pas dites » - qu’on a envie de s’approprier.

Pourtant, introduire un humanoïde, c’est vous éloigner du réel ?

Je suis prêt à faire le pari que d’ici dix ans, les humanoïdes nous entoureront! On refera l’interview à ce moment là et vous verrez (rires)! Quand on pense aux dégâts de la solitude urbaine, je ne serais pas étonné qu’il y ait bientôt des androïdes de compagnie, comme on en parle au Japon. Je ne suis ni pour ni contre, je ne porte aucun jugement de valeur.

Au-delà de cette innovation technologique, dans mon livre (NDLR : le père de l’héroïne, décédé, lui revient sous forme d’humanoïde pour rattraper le temps perdu, pendant six jours), ce qui m’a donné le plus envie d’écrire cette histoire, c’est une certitude profonde : il aura manqué à pratiquement tous les enfants du monde quelque chose de leurs parents ; et réciproquement, tous les parents du monde ont la sensation d’avoir manqué quelque chose de leurs enfants. J’ai reçu hier le mail d’une lectrice qui me disait qu’elle avait fait graver sur la tombe de sa mère : « je n’ai jamais eu assez de temps pour te dire que je t’aimais ». Cela m’a beaucoup touché…

Avez-vous, vous aussi, peur de manquer ce moment, le bon moment, celui où on parle vraiment avec ses proches ?

Je ne ramène pas tout à moi… Il y a dans ce livre, différents thèmes qui m’ont permis de tricoter une histoire. Notamment le fait qu’aujourd’hui, on communique avec le monde entier par email, mais on oublie de dire des choses essentielles à ses proches. On a toute la vie, et on attend l’urgence du dernier moment… Lorsque je servais à la Croix-Rouge , au sortir de l’adolescence, j’ai été au contact de nombreuses personnes âgées, prêtes à vire leurs derniers instants. Combien de fois, j’ai entendu : « si j’avais pu leur dire » ou « il faut que je leur dise ».

C’est grave, tout cela… Vous avez un peu « vieilli » avec ce livre ?

Non, je ne crois pas. Le thème est grave, mais j’avais envie de le traiter avec une certaine lumière. La façon la plus tendre d’aborder les choses, c’est de mélanger émotion et humour.

Et puis la motivation profonde du père, Anthony Walsh, c’est de revisiter son premier amour à elle… C’est une sorte de parabole. On a beaucoup de mal à avancer dans sa vie sentimentale quand on n’est pas en paix dans sa relation filiale.

Quand le père écrit à sa fille : « On est responsable de sa propre existence, on devient qui on a décidé d’être », c’est une adresse à vos parents ou à vos enfants ?

Il y a une chose très difficile à gérer dans la vie. On est longtemps les enfants de ses parents, puis on devient les parents de ses enfants, et à un moment donné, il faut accepter d’être l’adulte qui redécouvre les parents qu’il a eus. C’est un peu une deuxième façon de couper le cordon ! Combien de jeunes ont dit : « je ne veux pas être comme ma mère ». Le déni de ses parents est parfois une façon très subtile de leur dire qu’on les aime à en crever mais qu’on les déteste aussi. Je suis parti d’une situation dans laquelle tout le monde peut se reconnaître, pas d’une situation personnelle.

Par refus de la biographie ?

Je ne pense pas que ma propre existence présente un intérêt pour mes lecteurs. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien de moi dans mes romans…

Julia, Anthony, Tomas… ces personnages vous habitent-ils depuis longtemps ?

J’ai mis deux ans à construire ce roman et trois mois et demi à l’écrire, à raison de 17h par jour (rires). Ces personnages m’habitent donc, oui, depuis bien longtemps. Mais le plus difficile, n’est pas là. Le plus difficile, c’est de se débarrasser d’eux. Là, en période de promo, ils sont à la fête !

Vous êtes ce qu’on appelle un auteur grand public. Gardez-vous toujours en tête le souci de toucher le plus grand nombre ?

Un best-seller, ça n’existe pas. On peut faire un coup en édition, comme avoir un scoop pour un journaliste, mais on ne peut pas décider d’être une fabrique à best-seller. Sur la durée, aucun auteur ne peut se dire ça.

Quand on est habitué comme vous, à rencontrer un tel succès, n’a-t-on pas peur du livre de trop ?

Je ne me pose pas cette question. J’ai toujours eu une vision artisanale de ce métier. Je n’écris que des livres. Qu’ils s’en vendent 15 000 ou 500 000 exemplaires… je n’ai pas découvert le virus du sida. Et puis, je n’ai pas peur des accidents de parcours parce qu’un des grands avantages du livre, c’est que, si à la fin, on ne trouve pas son travail honnête, on peut le détruire… Le succès impose, au contraire, une vigilance encore plus grande quant à l’honnêteté de son travail. La chose la plus importante est de se dire qu’au moins la personne qui nous lit, qui nous fait confiance en achetant le livre et surtout en nous donnant de son temps, ne pourra pas nous reprocher d’être malhonnête. C’est-à-dire de lui avoir resservi la même histoire que l’année dernière, avec des grosses ficelles… Je n’ai pas l’habitude de réchauffer la baguette ! Même si je n’ai rien contre les boulangeries industrielles (rires).

Vous remettez-vous au travail sitôt avoir fini un livre ?

J’ai toujours, comme tout artisan, deux ou trois fils d’histoire accrochés à l’établi. Je les regarde en me demandant lequel je vais choisir lorsque j’aurai fini. Mais je ne peux pas me remettre à écrire directement, car sinon j’écrirai une suite. Je suis trop proche de mes personnages. En ce moment, je suis comme un metteur en scène qui vient parler du travail de ses acteurs. Avant de se remettre à écrire, il faut avoir la capacité de se libérer d’eux. Même si on peut aussi, parfois, avoir envie de les retrouver un jour. C’est pour ça que j’ai écrit : « Vous revoir », la suite de « Et si c’était vrai », pour retrouver Arthur et à Lauren. Je n’en ai d’ailleurs pas encore fini avec eux… Je ferai peut être un tome 3.

Que ressentez-vous lorsque vous retrouvez vos personnages à l’écran dans les différentes adaptations ?

Quand on est dans une salle de cinéma, qu’on voit le logo de Dreamworks et apparaître le titre de son roman… Si on n’est pas heureux à ce moment là, on ne le sera jamais. Je n’y croyais pas. Pour « Et si c’était vrai », le réalisateur a pris la décision de ne pas « embaucher » Arthur et Lauren. Il n’a pas pris les mêmes personnages. Certains de ceux qui avaient lu le roman ont donc été déçus. Pour « Où es-tu ? » et « Mes amis, mes amours » en revanche, les réalisateurs ont gardé les mêmes personnages. Les adaptations sont très réussies. Le personnage de Sophie, joué par Florence Foresti est génialissime ! J’ai toujours vécu les adaptations de mes romans sans aucun souci d’ego. Quand j’entends certains auteurs parler de « trahison », je suis un peu étonné : on n’a jamais un revolver sur la tempe pour signer un contrat ! Quand on a envie de travailler avec un réalisateur, il faut respecter son travail. Il faut lui laisser sa liberté et ses choix. Une adaptation, c’est un cadeau que fait un auteur réalisateur à un auteur romancier. L’intérêt, c’est quand même de trouver des choses dans le film qu’il n’y avait pas dans le livre…

Propos recueillis par Caroline Brun et Marie Morizot

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