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Mis à jour 13-05-2008 22:11 Florence Santrot
"Ce voyage est resté gravé dans ma mémoire"
Rencontre avec Ike Aronowicz, 84 ans, capitaine de l'Exodus, bateau qui transporta en 1947 des Juifs émigrant clandestinement d'Europe vers la Palestine, alors sous mandat britannique.
D'un bateau américain mal en point, Ike Aronowicz – 84 ans aujourd'hui - a fait le symbole de la lutte des Juifs pour la création de l'Etat d'Israël. 60 ans après, le capitaine de l'Exodus se souvient de cette odyssée de 4545 juifs d'Europe pour rejoindre la terre d'Israël.
A 23 ans, capitaine de l'Exodus avec pour mission de mener 4545 personnes en terre d'Israël, aviez-vous le sentiment de faire l'Histoire ?
Faire l'Histoire, nous n'en avions pas conscience. Pour un jeune comme moi, c'était avant tout très "amusant", vraiment ! Mais, bien sûr, le plus important était de ramener les juifs d'Europe possible en terre d'Israël. Ceux qui avaient été en camps de concentration durant la deuxième guerre mondiale ou qui avaient été enfermés dans des ghettos.
Cela a été mon but tout au long de ma vie : permettre aux Juifs de revenir sur la terre de leurs ancêtres et retrouver les frontières du pays qui était les nôtres il y a plusieurs milliers d'années. Ce droit, nous l'avons gagné auprès des Nations Unies, grâce notamment à l'Exodus.
Le livre regorge de détails sur le voyage de l'Exodus. Aviez-vous pris des notes au jour le jour dans un journal intime ?
Avec Elsa Guiol, [co-auteur du livre et journaliste au Journal du Dimanche, ndlr], nous avons passé en revue tous les instants du voyage de l'Exodus, de la mise en état du bateau jusqu'à son embrasement dans la baie d'Haïfa. Tous les instants du voyage sont restés gravés dans ma mémoire. Je n'ai jamais rien écrit mais je me souviens de tous les détails très nettement. Tout est resté en moi : ce ne fut pas toute ma vie, mais ce fut un grand moment de ma vie.
Si vous ne deviez vous rappeler que d'un moment fort de cette aventure, quel serait-il ?
C'est indéniablement le moment où, une fois le bateau arraisonné par les Britanniques, nous savions que nous ne pourrions débarquer sur cette terre rêvée que nous apercevions pourtant. C'est à ce moment que les rescapés se sont mis à chanter l'hymne des partisans e Pologne : Ne dites pas que c'est notre dernière rue / Le soleil est couvert de nuages / Mais le jour que nous attendons viendra / Et le bruit de nos pas dira : / Nous sommes là.
Pourquoi avoir attendu si longtemps pour écrire ce livre ?
D'abord parce que je ne suis pas un écrivain et qu'avant d'avoir rencontré Elsa Guiol, personne n'avait vraimebnt voulu entendre mon histoire. Et puis surtout, je m'aperçois qu'aujourd'hui les nouvelles générations veulent savoir ce qui passé à cette époque. Je suis très étonné qu'après tant d'année, les jeunes soients tellement intéressés par cette histoire.
Avec la disparition récente de Yossi Harel, commandant de l'Exodus, de moins en moins de personnes partie prenante de l'organisation de l'épopée sont encore vivantes. Comment ressentez-vous cela ?
Je ne veux surtout pas être le dernier survivant. Mais il y a de toutes manières des milliers de passagers de l'Exodus ou d'autres bateaux similaires qui sont toujours là pour témoigner ainsi que quelques membres de l'équipage.
Chaque année, les personnes qui étaient sur l'Exodus et leurs familles se réunissent. Nous nous rassemblons une journée pour nous souvenir, dans un kibboutz.
Comment expliquez-vous que vous ne soyez pas un héros dans votre pays ?
C'est simple : plus on cèdera du terrain, plus il y aura de la violence. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad le dit clairement : "Nous voulons vous jeter à la mer". Nous, nous disons "merci, nous savons déjà nager". C'est une terre que Dieu nous a donné, nous ne pouvons donc pas la rendre. C'est notre destinée.
Alors quelle serait la solution pacifique ? Vous qui avez refusé toute violence lors de l'épopée de l'Exodus...
Il faut montrer que nous sommes déterminés à rester mais aussi leur dire qu'ils peuvent vivre en paix dans notre pays, l'Etat juif. Ils sont les bienvenus chez nous.
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