Le monde a trouvé un responsable aux émeutes de la faim qui se déroulent depuis le début de l’année dans le monde entier : les biocarburants, portés aux nues il y a quelques mois encore par les convertis aux énergies vertes et au développement durable.

Dans un contexte de forte hausse des prix du pétrole, les Etats-Unis et l’Union européenne ont lancé de vastes plans de développement des biocarburants. Les objectifs de l’UE en matière de réduction des gaz à effet de serre prônent l’utilisation de 10% de carburants d’origine végétale pour les transports. Les Etats-Unis ont multiplié par quatre la production d’éthanol depuis 2000.

Cette politique de production massive de biocarburants est aujourd’hui “un crime contre l’humanité” du fait de son impact sur les prix alimentaires mondiaux, a estimé Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation. “Quand on lance, aux Etats-Unis, grâce à six milliards de subventions, une politique de biocarburants qui draine 138 millions de tonnes de maïs hors du marché alimentaire, on jette les bases d’un crime contre l’humanité pour sa propre soif de carburant…”, explique-t-il dans Libération.

“Le vrai crime contre l’humanité serait de rejeter a priori les biocarburants, a rétorqué mercredi le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva. Rares sont ceux qui mentionnent l’impact négatif de l’augmentation du pétrole sur les coûts de production et qui s’élèvent contre l’impact nocif des subventions et du protectionnisme dans le secteur agricole.”

Certains, comme Cap 21, proposent d’imposer un moratoire sur la production de biocarburants de première génération, en attendant que soient développés des agro-carburants de deuxième génération, comme l’éthanol cellulosique, qui utilise des résidus comme les fanes des betteraves ou la paille du maïs et non des denrées alimentaires. Mais l’urgence alimentaire demeure.