Mis à jour 17-04-2008 22:58
La mère qui a tué sa fille handicapée sera rejugée
Le parquet de la cour d’appel de Versailles a fait appel jeudi de l’acquittement de Lydie Debaine, qui a tué en 2005 sa fille handicapée moteur et cérébral.
La garde des Sceaux était hier au service de soins palliatifs du CHU de Besançon. Accompagnée du député UMP Jean Leonetti, auteur de la loi sur l'accompagnement de la fin de vie, elle a rappelé « l'émotion » suscitée par l'affaire Chantal Sebire et souligné que la loi sur la fin de vie « n'est pas suffisamment connue, puisque près de 80% du personnel soignant en ignorent son contenu ».
Une convention a été signée entre la Cour d'appel de Besançon et le CHU pour « mieux faire connaître cette loi » au monde médical. Une première.
Le soulagement de Lydie Debaine n’aura été que de courte durée. Hier, le parquet de la cour d’appel de Versailles a fait appel de l’acquittement dont cette femme de 65 ans, qui a tué sa fille handicapée motrice cérébrale en 2005, a bénéficié lors de son procès pour assassinat devant la cour d’assises de Pontoise, le 9 avril.
Cheveux gris plaqués en arrière, c’est une femme fragile qui avait raconté pourquoi elle avait noyé Anne-Marie, sa fille unique de 26 ans. Invalide à 90%, elle ne pouvait pas s’exprimer et avait l’âge mental d’un enfant de 5 ans.
Lydie avait ému les jurés en parlant des violents maux de tête de sa fille, de ses crises d’épilepsie, de ses vomissements et du « calvaire » qu’était devenue leur vie. C’est pour stopper la dégradation de l’état d’Anne-Marie et soulager ses souffrances que Lydie a eu cet « ultime geste d’amour », le 14 mai 2005 à son domicile de Groslay (Val d’Oise).
L'avocat général de Pontoise avait requis une "peine de principe" de trois ans de prison avec sursis. Après deux heures de délibéré, la plupart des jurés avaient estimé que Lydie n’avait pas commis d’"homicide volontaire". La salle avait applaudi, le parquet de Pontoise avait annoncé qu'il ne ferait pas appel de cet acquittement.
« Un verdict compris comme un encouragement »
C’est de Versailles qu’est venue cette demande de révision du verdict. Jean-Amédée Lathoud, procureur général de la cour d’appel de Versailles, a déclaré hier dans un communiqué ne pas « méconnaître la situation dramatique de Madame Debaine, son profond désarroi et sa grande souffrance ».
Mais il ajoute que « ce verdict d’acquittement pourrait être compris comme un encouragement à l’atteinte volontaire à la vie des handicapés, qui méritent notre protection et notre soutien ».
Rachida Dati a réagi en indiquant que cet appel est conforme aux réquisitions lors de l’audience. Si la Chancellerie s’est défendue hier d’avoir donné des instructions à Jean-Amédée Lathoud, elle a néanmoins reconnu qu’« il y a eu des contacts sur l'analyse juridique ».
Reste désormais à la chambre criminelle de la cour de cassation de décider quand et où va se tenir le procès en appel. Il devrait avoir lieu "début 2009 à Versailles ou Nanterre", selon Caty Richard, avocate de Lydie Debaine.






