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14-04-2008 17:44 Metrofrance.com
"L'enfermement des mineurs se solde par des taux de récidive de 85 %"
Le délégué national de l’OIP (Observatoire international des prisons) Patick Marest a répondu en direct aux questions des metronautes sur la réforme de la loi pénitentiaire et les prisons.
Photo : DR/Metro
Bonjour à tous. Je suis là pour répondre à vos questions pendant environ une heure.
Annie : Bonjour. Comment fonctionne l'OIP ? Quel est son rôle?
L'OIP est une association de promotion et de défense des droits de l'homme... en prison. Autrement dit, nous dressons et faisons état des conditions de détention, nous informons de leurs droits les personnes détenues en les aidant dans leurs démarches pour les faire valoir. En même temps, si nous agissons de sorte à ce que l'incarcération se passe de façon compatible avec le respect de la dignité de la personne, nous ne manquons pas d'interroger le législateur sur la nécessité d'user de prison comme d'une sanction de dernier recours.
Jojo : Bonjour; combien y-a-t’il de personnes emprisonnées aujourd'hui en France, et surtout combien sont en attente de jugement ?
65 842 personnes étaient placées sous écrou au 1er mars dernier. Dont 62 586 placées en détention. Cela équivaut à un taux de détention de 100 personnes pour 100 000 habitants, soit une augmentation de 25 % en cinq ans. Pour ce qui est des prévenus, ils étaient 17 373 à la même date, soit un peu moins de 30 %.
Combe : La rétention de sureté, est ce que ça revient à dire qu'une personne pourra rester enfermée toute sa vie ? Elle dit quoi exactement cette loi ?
La rétention de sûreté est censée permettre de retenir dans un lieu fermé une personne libérée de prison après sa peine, si elle est considérée comme dangereuse. Cela revient effectivement à accepter le principe d'un enfermement perpétuel. Ce qui constitue une rupture radicale par rapport à la situation créée par l'abolition de la peine de mort en 1981, car depuis lors toute personne savait qu'elle reviendrait un jour dans la collectivité des hommes. Ce qui est un élément essentiel pour les personnes condamnées à des peines très longues. Il aurait fallu s'interroger et comprendre l'inefficacité de la période de détention, plutôt que d'inventer une autre peine après la peine prison.
Manue : "Quand vous êtes frappé par un mineur, ça vous fait la même souffrance que quand vous êtes frappé par un majeur" tels étaient les propos du candidat Sarkozy avant l'élection. Réviser l'ordonnance de 45, c'est faire de tout mineur un prisonnier en puissance, non ? Est-ce à votre avis la volonté du gouvernement ?
D'évidence ! Je préfère de loin la philosophie qui a cours de l'autre côté des Pyrénées où, en 2001, le pouvoir politique a eu le courage d'affronter l'opinion majoritaire et de s'interdire le recours à l'enfermement des mineurs. Au profit d'une palette de mesures ou sanctions dont la démarche de base s'appuie avant tout sur l'éducatif. Quoi qu'il en coûte et quel que soit le temps nécessaire. Une sorte de choix de société...
La rétention de sûreté revient effectivement à accepter le principe d'un enfermement perpétuel
Jim : Pensez-vous vraiment qu'un violeur multirécidiviste puisse ressortir sans être une menace pour la société ?
La prison ne permet pas à un violeur multirécidiviste de ressortir sans être une menace... C'est bien là le problème qu'elle nous pose à tous. Au mieux, elle fonctionne comme un simple "congélateur" sans que les troubles dont souffre la personne soit effectivement pris en compte et qu'elle soit mise en situation de « s'en sortir», au pire, elle aggrave considérablement les pathologies en présence de par ce qu'elle génère d'effets psychologiques ou physiques. Pour réduire la menace que fait peser une telle personne, il faut inscrire la mesure à laquelle on la soumet dans une logique de soins. Et le soin suppose un environnement et une démarche peu compatibles avec les règles qui régissent l'univers carcéral et son approche de l'homme.
Pomy : Que pensez-vous de l'ouverture de prison pour mineurs comme celle de Porcheville par exemple ?
Je crois qu'une société comme la notre doit se donner d'autres desseins ou fiertés que d'ouvrir 8 prisons soit disant adaptées aux mineurs. Enfermer un enfant ou un adulte en devenir est synonyme de valeurs fondamentales auxquelles on renonce. Pour un effet désastreux... L'enfermement des mineurs se solde par des taux de récidive de 85 %...
Adrien2008 : L'assignation à résidence proposée par la Garde des Sceaux vous semble t-elle une bonne solution ?
Soyons précis, l'assignation à résidence proposée se double du port d'un bracelet électronique. L’idée sous tendue étant d'éviter la détention provisoire... Je ne vois pas l'intérêt de cette mesure au regard du contrôle judiciaire existant, qui peut s'accompagner si nécessaire d'un encadrement socio-éducatif. Je récuse également l'idée qu'elle permettra d'éviter dans une large mesure l'emprisonnement. Dans les faits, elle s'appliquera essentiellement à des gens qui n'allaient pas en prison, et ne permettra qu'à renforcer le contrôle exercé à leur encontre... Ce qui me semble le véritable objectif de cette réforme.
Jen : Bonjour, quelles alternatives à la prison vous semblent crédibles ?
Là encore, les mots ont leur importance. Je préfère parler de mesures de substitution que d'alternatives. La logique à l'œuvre n'est pas la même. D’une part, on remplace la prison par une autre sanction, de l'autre on laisse le choix entre la prison et une autre sanction. Je crois que l'on gagnerait à réfléchir sérieusement à s'orienter vers les substituts pour toutes les infractions contre les biens (le travail d'intérêt général ou les mesures de réparation ont démontré leur efficacité...). Elles ne désinsèrent ni n'anéantissent pas les personnes (l'effet mécanique de la prison) et aboutissent à des taux de récidive ridiculement bas... Ce qui est l'intérêt collectif. Pour ce qui est atteintes aux personnes, ce qui se fait, par exemple, en termes de médiation en Belgique pour des crimes graves devrait nous inspirer. La prison ne résout rien en tant que telle, il ne faut pas en attendre de miracle ! Elle n'est pas un temps qui permet à la personne d'avoir la prise en charge et d'obtenir la prise en compte dont elle a besoin, voire qu'elle réclame.
Tony : Les enquêtes administratives débouchent-elles vraiment quand elles concernent le sort de prisonnier ?
Disons qu'il faut exercer une pression suffisante sur les instances administratives pour qu'elles concentrent à regarder et évaluer le sort du prisonnier à l'identique de celui d'un citoyen à part entière. C’est une partie de notre rôle que d'œuvrer à une telle évolution.
Ixo : Améliorer les conditions de détention, d'accord, mais n'est-il pas prioritaire d'améliorer les conditions de logement et de vie des citoyens « à l'extérieur » ? Peut-on accepter que l'Etat dépense plus pour un prisonnier que pour une personne sans ressources à la rue ?
Une personne sans ressource à la rue se retrouve parfois derrière les murs... Les deux situations sont vous le savez en partie liées. Améliorer ici, avant là, la situation est une curieuse façon de voir la logique qui doit guider l'action publique. Il y a des situations inacceptables dedans et dehors qui imposent de réagir. Au nom du respect des droits fondamentaux de la personne, qui doivent être garanties de chaque côté des murs. Je ne vois pas quelle "priorité supérieure" à celle là serait à retenir...
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