Le 18 avril 1988, Pierre Desproges, qui n’avait pas encore 50 ans, perdait son match face au cancer. Normal, bien que spécialiste du contre-pied, Desproges détestait le sport… Entre autres.
"Pierre Desproges est mort d'un cancer. Étonnant, non?" La dépêche annonçant sa mort, en référence à la phrase de conclusion rituelle de La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède
Avec lui disparaissait un drôle de personnage, probablement inclassable et certainement unique. Un inventeur d’humour à qui la majorité de ses collègues actuels – on pense notamment aux armées de comiques de Canal + – doivent beaucoup, même s’ils ne le savent pas forcément. Un type que son curieux chemin avait mené de L’Aurore (journal réactionnaire aujourd’hui disparu) au panthéon des humoristes. Un prodigieux manieur de mots qui mettait au service de l’humour le plus noir une immense culture qui confinait à l’érudition.
Desproges, Pierre, donc, né en1939, mauvais élève à l'école, médiocre soldat en Algérie (24 mois de service militaire quand même), apprenti VRP puis rédacteur de comptes-rendus de courses hippiques. Jusqu’à ce qu’il devienne journaliste à L'Aurore où un maître méconnu du journalisme, Bernard Morrot (qui fit, lui, le chemin allant de L’Aurore à Marianne…), conquis par sa causticité, lui confie une rubrique de «Chats écrasés».
La France va le découvrir en 1975 quand Jacques Martin en fait l’un des chroniqueurs du Petit Rapporteur, où sa gueule volontairement sinistre et ses «coups» avec Daniel Prévost bousculent l'humour télévisuel. On n’avait jamais vu autant de cynisme – mais celui-ci était drôle – à l’écran.
La suite, Desproges va la vivre à la radio avec Thierry Le Luron ou comme procureur du mémorable Tribunal des flagrants délires (il y démarre ses plaidoiries par son célèbre «Françaises, Français, Belges, Belges, public chéri, mon amour»), dans la presse (notamment à Charlie Hebdo avec une chronique intitulée «Les étrangers sont nuls»), ou à la télévision avec sa subtilement absurde «Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède », celle qui divisait, dit-il, la France entre «Les imbéciles qui aiment et les imbéciles qui n'aiment pas»).
Auteur de nombreux livres (voir notre dossier spécial), Desproges a également tâté de la scène en 1984 et 1986. C’est son copain Guy Bedos qui l’a convaincu de s’y produire et l’intuition fut bonne.
Faux acariâtre, vrai bon vivant, Desproges ne supportait pas les étiquettes et de toute façon, aucune ne lui aurait convenu. Celle d’anar de droite, qui lui fut souvent accolée, le hérissait. «On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde», proclama un jour Desproges au cours d’une émission dont Le Pen était l’invité.
Et Desproges a bien ri de tout. Même du cancer. Il est aujourd’hui enterré au Père-Lachaise, juste en face de Michel Petrucciani et pas loin de Frédéric Chopin. Si ça se trouve, il déteste aussi le piano…






















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