Janvier: NOUVELLE ANNÉE !
Qu’est-ce que le 1er janvier, sinon le jour honni entre tous où des brassées d’imbéciles joviaux se jettent sur leur téléphone pour vous rappeler l’inexorable progression de votre compte à rebours avant le départ vers le Père-Lachaise…
Afin de m’épargner au maximum les assauts grotesques des enthousiasmes hypocrites, j’ai modifié légèrement le message de mon répondeur téléphonique. Au lieu de dire : « Bonjour à tous », j’ai mis : « Bonne année mon cul. » C’est net, c’est sobre, et ça vole suffisamment bas pour que les grossiers trouvent ça vulgaire.
Février : LA SAINT-VALENTIN
Ah ! irradier d’amour dès le premier regard : comme ça. « Hop ! Couchée, Sophie. Va pas plus loin, tu l’as, c’est l’homme » (c’est du latin).
Ah ! ne plus être contraint d’éructer six calembours à la minute avant de les voir ôter le gant de la main droite au cas où, et le gant de la main gauche pour voir l’heure en même temps. Non, décidément, je n’ai pas la gueule que je mérite. En dedans, je suis très joli. Mais, comme la chrysalide en son cocon, je suis prisonnier de ce visage d’où je ne m’évaderai jamais malgré une magnifique paire d’oreilles toujours prêtes au décollage.
Mars : LE PRINTEMPS
Au printemps, la nature change de peau.
Dans la rue les femmes vont le buste haut, claquant le bitume d’un talon conquérant. Les manteaux qui cachaient les formes ont fait place aux jupettes qui montrent les candeurs de l’arrière-genou. Cette année la culotte se porte sous la robe, et non plus dans le sac comme l’an passé. C’est la victoire de l’Église et du sida réunis.
Avril : MORT DE PIERRE DESPROGES ! (Le 18)
Si j’en crois mon horoscope, je devrais mourir dans la soirée. C’est con, j’avais pas fini de bêcher mes camélias. Ce qui me coûte à l’idée de quitter ce bas monde, c’est l’idée intolérable que mes enfants vont rentrer du crématorium en courant pour boire mes saint-émilion, si cela se trouve dans des gobelets fluo et avec des fils d’ouvriers aux cheveux verts.
Mai : FESTIVAL DE CANNES
Haut lieu du tourisme balnéaire international, célèbre pour sa croisette bordée de palmiers et pleine de connes emperlousées traînant des chihuahuas, Cannes brille surtout pour son festival annuel du cinéma où les plus notables représentants de la sottise journalistique parasitaire côtoient les plus éminentes incompétences artistiques internationales, entre deux haies de barrières métalliques où, sinistrement empingouinés, la havane en rut ou la glande mammaire au vent, pressés, tassés, coincés, luisants comme des veaux récurés qu’on pousse à l’abattoir, tous ces humanoïdes chaleureusement surgelés se piétinent en meuglant sous les brames effrayants des hordes populaires.
Juin : L’ÉTÉ
L’été ? Quelle horreur !
C’est la saison des joies vulgaires et des exultations de masse. En hiver, l’homo sapiens de base fonce la tête basse dans les frimas pour qu’on ne voie pas sa gueule, mais que revienne l’été, et voici qu’il relève le nez pour humer les petites brises le long des quais marins où il parade, derrière son ventre enveloppé dans d’immondes chemises haïtiennes, avec sa grosse qui se pavane à son bras en jupette rase-bonbon de style abat-jour à cellulite, et leur progéniture braillarde qui caracole autour et fait des ricochets pour stresser les mouettes et paniquer les harengs.
Juillet : FÊTE NATIONALE
Démilitariser les hymnes nationaux, ça c’est une bonne idée. Il est tout à fait inouï de constater que, dans les pays du monde où ce sont les civils qui font le pain, les maisons, les outils et les chansons, les fêtes nationales et leurs hymnes glorieux sont, au mieux, des apologies de l’engeance kaki parasitaire ou, au pire, des appels hurleurs au meurtre guerrier. Si les ministères concernés m’avaient fait l’honneur de solliciter mon avis, quant aux paroles de La Marseillaise, j’eusse depuis longtemps déploré que les soldats y mugissent et préconisé vivement que les objecteurs y roucoulassent, que les bergères y fredonnassent et que les troubadours s’y complussent.
Août : LES VACANCES !
Août est vulgaire. Transparents et mous, les méduses et les banlieusards échoués s’y racornissent sur le sable dans un brouhaha glapissant de congés payés agglutinés. Août pue la frite et l’aisselle grasses. En août, le pauvre en caleçon laid, mains sur les hanches face à la mer, l’œil vide et désemparé, n’ose pas penser qu’il s’emmerde. De peur que l’omniprésence de sa femelle indélébile, de sa bouée canard grotesque et de son chien approximatif ne le fasse douter de l’opportunité du Front populaire.
Septembre : RENTRÉE SCOLAIRE
Je suis de jour en jour un peu plus consterné par l’incommensurabilité sidérale de l’inculture des jeunes.
Je connais un adolescent tellement inculte qu’il ne sait même pas se masturber. Il se doute confusément qu’il faut secouer quelque chose, mais il ne sait pas vraiment quoi… L’autre soir je l’ai surpris en train de se masser conjointement le triceps et le coaxo-brachial. Je lui ai dit :
« Vous avez froid, Christian ?
– Non, non ! je me branle. »
Octobre : RENTRÉE UNIVERSITAIRE
Pendant que vous vivotez votre vie creuse, fumiers de fainéants de gosses de riches pourris par la servilité sans bornes de vos vieux cons de parents confits dans leur abrutissement cholestérique, pendant ce temps-là, il y a des enfants de pauvres qui sont obligés, pour ne pas faire de peine à maman, de se planquer la nuit sous les couvertures avec une pile Wonder et un vieux Petit Larousse périmé pour s’embellir l’âme et l’esprit entre deux journées d’usine, avec l’espoir au ventre de mieux comprendre un jour pour tâcher de sortir du trou.
Novembre : HOMMAGE AUX DERNIERS POILUS
L’ossuaire de Douaumont est très joli. Il contient les restes de 300 000 jeunes gens. Si l’on mettait bout à bout tous les humérus et tous les fémurs de ces garçons et leurs 300 000 crânes par-dessus, on obtiendrait une ravissante barrière blanche de 2 476 kilomètres pour embellir le côté gauche de la route Moscou-Paris.
Le sacrifice des 300 000 morts de Douaumont n’a pas été vain. Sans Verdun, on n’aurait jamais abouti à l’armistice de 1918, grâce auquel l’Allemagne humiliée a pu se retrouver dans Hitler. Hitler sans qui on n’aurait jamais eu l’idée, en 1945, de couper l’Europe en deux de façon assez subtile pour que la Troisième Guerre soit désormais inévitable.
Décembre : OUVERTURE DES RESTAURANTS DU CŒUR
Les hommes ne mangent pas de la même façon selon qu’ils vivent dans le nord ou dans le sud du monde.
Dans le nord du monde, ils se groupent autour d’une table. Ils mangent des sucres lourds et des animaux gras en s’appelant « cher ami », puis succombent étouffés dans leur graisse en disant « docteur, docteur ».
Dans le sud du monde, ils sucent des cailloux ou des pattes de vautours morts et meurent aussi, tout secs et désolés, et penchés comme les roses qu’on oublie d’arroser.










































