Nous avions en commun d’avoir nos têtes, tous les deux. C’étaient souvent les mêmes. Il avait écrit de quelqu’un qu’il appréciait – je cite de mémoire : “Cet homme-là ne devrait jamais mourir.” C’est celui qui l’a dit qui y est. Malin. Depuis vingt ans, il n’y a pas de jour où je n’ai pensé à lui.

Nous avions fondé une société d’admiration mutuelle. Il me faisait rire, je le faisais rire. Le monde était pour nous un grand bahut dont nous serions les cancres moqueurs. Ne jamais assassiner l’enfant que nous avons été. C’était notre slogan. Et ce con qui s’en va. Malin. Dans un tiroir secret, j’ai planqué la liste de ceux dont je me serais habitué à ce qu’ils partent avant lui.

Moi, l’artiste “engagé”, lui, qui se voulait “dégagé”, il n’était pas écrit que nous deviendrions amis. Il se moquait de moi, parfois. Je lui passais tout. Il avait le droit. Il avait la grâce.

Ma plus grande fierté reste de l’avoir – un peu contre son gré – poussé sur scène. C’était drôlement bien parti. Mais le meilleur de sa carrière de “tourlourou”, comme il disait avec un brin de hauteur, aura été posthume.

Tu me manques, Pierre.

À bientôt,