08-04-2008 22:44
Jugée pour avoir tué sa fille handicapée
Parce qu’elle ne supportait plus les souffrances de sa fille, elle l’a tuée
Crime ou " geste d’amour ". Difficile question que tente d’élucider depuis mardi et jusqu’à mercredi la cour d’assises de Pontoise, dans le Val d’Oise. L’accusée s’appelle Lydie Debaine, 66 ans, démarche fragile, voix rauque et visage défait, ses cheveux gris rejetés en arrière. Le 14 mai 2005, à son domicile de Groslay, elle assassine Anne-Marie, sa fille de 26 ans, en la noyant. Elle tente ensuite de mettre fin à ses jours, mais échoue. Lydie, qui comparait libre, ne nie pas les faits mais évoque l’ " impasse " dans laquelle elle se trouvait. Elle encourt la prison à perpétuité.
A sa naissance, Anne-Marie fait deux méningites et développe une importante hydro encéphalie. Elle reste gravement handicapée, motrice et cérébrale. Invalide à 90%, son âge mental n’a jamais dépassé les 5 ans. De 5 à 22 ans, Anne-Marie est prise en charge dans des centres spécialisés. Mais en 2001, devenue trop âgée, elle doit en sortir. Seule solution : retourner chez ses parents, à Groslay. Lydie a anticipé d’un an son départ à la retraite pour s’occuper nuit et jour de son unique enfant. Déjà peu active, sa vie sociale a été réduite à néant. " Je vivais recluse ", dit-elle à la cour.
Dégradation et solitude
Son mari, Fernand, est resté en activité jusqu’en 2004. C’est cette année-là que, selon Lydie et ses proches venus témoigner à la barre, l’état d’Anne-Marie s’est fortement dégradé. " Avant elle chantait, faisait des puzzles, était vivante ", explique Marie-Claire, sœur de Lydie. Désormais, Anne-Marie reste prostrée dans la coquille qui la maintient en position assise, sur le canapé. Elle mange peu, vomit, ne fait plus ses nuits. Ses crises d’épilepsie, disparues pendant des années, reprennent. Elle parle à peine et exprime sa douleur en plaçant un pansement à divers endroits de son corps.
Face à ces souffrances, Lydie se sent seule. Femme décrite par l’expert psychologue comme " introvertie et scrupuleuse ", elle ne veut pas déléguer les soins, même pour souffler un peu, de peur qu’Anne-Marie soit mal traitée. De juin 2004 à mai 2005, elle dort même sur un matelas de mousse à côté du lit de sa fille, pour la (et se) rassurer. " L’épuisement psychique et physique comme la perte d’espoir d’une amélioration de l’état de sa fille ont conduit Lydie au burn out ", ajoute la psychologue.
" Au bout du rouleau "
Lydie tombe dans une grave dépression, qu’elle nie tout en reconnaissant " être un peu murée ". Fernand comme Marie-Claire décrivent pourtant une femme " au bout du rouleau ", qui " ne supportait plus les souffrances de sa fille ". Lydie admet que sa " vie était devenue un calvaire ". Au début du mois de mai 2005, elle se met à rédiger des lettres à l’adresse de son mari, de sa famille et des policiers. Elle y explique un geste qu’elle mettra à exécution 15 jours plus tard : le meurtre prémédité de sa fille, " toute [sa] vie ", par noyade. " Parce que c’est rapide –moins de 5 minutes- et que je ne voulais pas abîmer son corps ", justifie-t-elle à la barre.
" Anne-Marie ne s’est rendu compte de rien "
Ce samedi 14 mai, alors que Fernand était parti faire des courses, Lydie gave sa fille d’anxiolytiques. Mais quand Lydie annonce à sa fille qu’elle va lui faire " prendre un bain, comme à la piscine ", ils n’ont pas encore fait effet. " Elle n’était pas en état sédatif ", insiste la présidente de la cour. Lydie raconte ensuite avoir plongé sa fille dans l’eau et appuyé sur son corps. " Elle s’est un peu débattue, mais pas longtemps. " Ensuite, Lydie – qui avait déjà ingurgité des anxiolytiques – s’en ressert une poignée. Elle antidate ensuite les lettres écrites quelques jours avant et enfile un maillot de bain. Elle s’allonge dans la baignoire et s’endort sur le corps de son enfant, tête dans l’eau. Mais elle n’arrive pas à en avaler.
Il est 13 heures un peu passé. Fernand rentre, trouve ce mot : " Pardon Fernand de te quitter. Prends sur toi. Courage. Anne-Marie ne s’est rendu compte de rien. Je t’aime Lydie ". Il trouve les corps, appelle les secours. Lydie est sauvée, pas Anne-Marie.
Mardi, face à la cour, Fernand, 64 ans, silhouette frêle et déformée par un squelette en zigzag, a lu le texte qu’il avait préparé. Il reconnaît le " rôle de mère aimante et dévouée " qu’a " assumé Lydie jusqu’au jour du drame ". Il confirme aussi sa " désapprobation de l’acte accompli par [son] épouse ". Mais il demande la " compassion du jury " et l’acquittement de son épouse. Maître Caty Richard, avocate de Lydie, va plaider mercredi après-midi pour l’acquittement de sa cliente. Verdict dans la soirée.
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