Mis à jour 10-04-2008 23:31
"Mon élan de foi était sincère"
Une Française convertie à l’islam témoigne de sa plongée dans l’univers des extrémistes religieux

A 30 ans, Marie d'Auzon a tourné la page de l'Islam extrémiste.
Photo : Nils HD/UNE PHOTO
Son témoignage est aussi précieux que douloureux. A 30 ans, Marie est une convertie repentie à un islam extrémiste, avilissant. « Convertie », c’est le titre du livre que cette jeune femme maquillée, cheveux sur les épaules et jean serré, publie mardi 8 avril.
A 19 ans, les parents de cette étudiante en prépa littéraire divorcent. « La jolie petite vie bourgeoise s’effondre d’un coup. » Marie et sa sœur emménagent avec leur père à la maison médicale où ce dernier travaille, du moins jusqu’à ce que la dépression l’empêche de se lever. Pour Marie, c’est la liberté totale - et destructrice : soirées, drogues, alcool. Une vie d’excès, qui se conclut par des viols, dont l’évocation est chaque fois vécue comme une nouvelle épreuve.
L’islam sauveur arrive, à travers un livre prêté par un ami. Marie y voit la lumière. Et y trouve un refuge. « A posteriori. Mais sur le moment, je ne l’ai pas vécu comme tel. Mon élan de foi était sincère, pas réfléchi », explique-t-elle.
Plusieurs années après, dans ce café parisien où nous nous sommes rencontrées, elle analyse sa conversion comme « une façon de [se] rebeller, de reprendre le contrôle de [sa] vie » mais aussi comme « une manière de dire ‘puisque je suis soumise aux hommes, qu’au moins je sois respectable !’ ». La voix tremble, la douleur palpable.
« L’imam a dit »
Trois semaines après sa rapide conversion, Marie épouse Karim. Il a son âge, et est musulman depuis trois ans. Ils se connaissent à peine, elle ne ressent aucun désir pour lui. Mais « l’imam a dit qu’il serait une bonne condition pour ma religion », écrit-elle de sa plume simple et tranchante. Elle est rebaptisée Nejma. Sa famille n’assiste pas à la cérémonie. Sa mère, assistante sociale qui a beaucoup travaillé avec des « femmes diminuées par un mariage avec des musulmans radicaux », s’oppose à cette union.
Un rejet qui a renforcé le repli de Marie sur sa religion. « Même si c’étaient des intégristes (barbe longue, djellaba au-dessus des chevilles), je leur faisais aveuglément confiance. Si l’imam disait quelque chose, c’était forcément pour mon bien », raconte Marie. De plus, au sein de la communauté musulmane de France, être une convertie est un statut valorisant. « Ça montre qu’on a choisi l’islam et on en est respecté. Sous mon voile, j’étais dans un petit écrin. C’était confortable. »
« Si on fait tout pour Dieu, tout va bien se passer »
Karim et Marie, alors enceinte de six mois, décident de partir au Sénégal, pour parfaire leurs connaissances du Coran et renforcer leur foi. « Si on fait tout pour Dieu, tout va bien se passer », croyait Marie à l’époque. Elle s’est trompée. Le couple s’installe d’abord chez un Français converti et polygame qui, au nom de l’islam et de la charia, frappe ses trois femmes et ses enfants.
Je me suis trop tue, c’est ça qui m’a tuée. Maintenant, il faut que je parle.
Désormais, Marie porte la burka, ce long voile qui lui recouvre tout le corps. Devant les yeux, elle met un grillage, pour que personne ne capte son regard resté insoumis, malgré « l’entreprise de lapidation de confiance en moi » qu’elle endure pendant huit ans. Malgré les brimades (au Sénégal, les convertis ne bénéficient pas du même respect qu’en France), Marie reste libre.
« Il faut que les musulmans fassent leur révolution »
Elle n’a pas oublié ses cours sur les droits humains fondamentaux et ceux des femmes. Contrairement à son entourage, elle les juge même compatibles avec le Coran. « Il faut que les musulmans fassent leur révolution et ne s’appuient plus sur une charia vieille de douze siècles qui brime les femmes », estime-t-elle au détour de la conversation.
De jour en jour, cette vie africaine rythmée par les marques de dévotion lui paraît de moins en moins supportable. Elle demande au chef de la mosquée le droit de divorcer même si, tient-elle à préciser, son mari « était l’un des rares hommes à ne pas frapper sa femme et à ne pas être polygame ». Refusé. « Le divorce est l’acte le plus détesté d’Allah », lui dit-on.
Avec ses trois enfants, tous nés au Sénégal, Marie décide repartir en France. Les renseignements généraux, inquiets de voir un nombre croissant de Français convertis à l’islam partir au Sénégal, veulent prendre contact avec elle. « Ils ont craint un groupe terroriste, ce qui n’est pas le cas. En revanche, ils n’ont rien vu de la dérive sectaire, de l’embrigadement, de la toute puissance des hommes. »
De retour dans l’Hexagone, Marie recouvre petit à petit la liberté. Sans renier une religion qu’elle ne pratique plus, elle abandonne la burka puis le voile. Elle divorce, reprend ses études de Lettres et élève ses trois enfants, de 8, 6 et 4 ans. Dès qu’ils en auront l’âge, Marie va « apprendre à [ses] deux filles à se défendre » et à son fils « qu’une femme se respecte ».

Convertie, de Marie d'Auzon, Les Editions du Toucan, 11 euros.
Photo : Nils HD/UNE PHOTO






