Comment peut-on, de bonne foi, se dire victime d’abus sexuels nés de sa seule imagination et accuser ses parents, innocents ? La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) s’est penchée sur cette question. Elle rend ce matin au Premier ministre son rapport annuel.
Ce document de 200 pages s’intéresse principalement au phénomène des faux souvenirs induits, décrit ainsi : « falsification ou détournement de la mémoire réelle ou imaginée par des praticiens incompétents ou poursuivant des objectifs d’asservissement des personnes leur accordant leur confiance ». Les praticiens incriminés sont les psychothérapeutes qui, en France, n’ont pas besoin d’attester de diplôme spécifique pour visser leur plaque.  

Suggestions insidieuses

Plus de la moitié des 10 à 15 000 psychothérapeutes recensés ont reçu une formation initiale insuffisante, voire pas de formation du tout. Si tous ne sont pas des charlatans, c’est dans leurs rangs que l’on recense le plus de dérives dangereuses. Notamment chez ceux qui, en s’appuyant sur une théorie développée aux Etats-Unis dans les années 60, ramènent toutes les difficultés d’un adulte à un traumatisme qu’il aurait subi dans l’enfance. Pour ces « psy », il s’agit, via diverses techniques de suggestion insidieuse, de faire surgir ces souvenirs enfouis pour guérir le malaise. Des personnes de 30 ou 40 ans – majoritairement des femmes- en viennent à accuser a posteriori leurs parents des pires sévices. Certaines portent même plainte contre leurs géniteurs pour ces abus fantasmés. La rupture familiale est consommée, poussant parfois les parents au suicide.  

La Miviludes note que ce phénomène des faux souvenirs « se développe aujourd’hui de manière inquiétante » en France, comme en atteste la multiplication d’associations de défense des victimes. « Ce phénomène dépasse largement les sectes », précise Delphine Guerard, psychologue qui a contribué à la rédaction du rapport. Elle dénombre dans l’Hexagone « cinq groupes sectaires qui ont recours à ces méthodes de psychothérapie pour ’guérir ‘ leurs adeptes ». Groupes qu’elle n’ose mentionner, de peur d’être « poursuivie pour diffamation ». En-dehors de ces mouvements répertoriés, la plupart des drames psychologiques et familiaux dus aux faux souvenirs se créent dans le secret des cabinets privés.