Pour Françoise*, 58 ans, ses deux filles, « c’est toute [sa] vie ». Pourtant, Marie*, la cadette, lui a fait vivre pendant près de deux ans un « véritable enfer ». En 2005, Marie*, 30 ans à l’époque, tombe enceinte. Sa situation sociale n’est pas stable. « Elle venait de déménager avec son ami –qu’elle connaissait depuis peu- loin de chez nous », raconte Françoise. Lors d’un examen de grossesse, une sage-femme qui trouve Marie fragile lui donne l’adresse d’une psychologie diplômée, qui pratique aussi la psychothérapie. « C’est là que l’enfer a commencé », relate Françoise. 

La famille est « très soudée » et les contacts entre Marie et ses parents réguliers. D’où la surprise de Françoise quand elle reçoit, quelques jours avant Noël 2005, une lettre de sa fille. Les propos tenus sont « horribles ». « Elle y écrivait que, grâce à sa psychologue, elle avait compris qu’elle avait toujours été maltraitée, mal aimée, que plus jamais elle ne serait notre victime et que si on voulait voir son bébé, il faudrait qu’un juge aux affaires familiales (JAF) nous y autorise. On était abasourdi. »

Revues porno
Mais ce n’est pas tout. Dans un autre courrier, adressé aux frères et sœurs de Françoise, Marie écrit que -toujours grâce à sa psychologue- elle se souvient avoir subi des sévices physiques, moraux et sexuels. « Attouchements, viols ? Mes frères et sœurs lui ont posé la question. Marie a hésité puis répondu que des revues porno étaient cachées dans ses jouets. » 

Débute alors pour Françoise et son mari une longue quête pour savoir qui est cette psy qui semble « avoir enlevé le cerveau » de leur fille. Mais Marie, qui assiste à une séance par semaine, ne répond plus aux mails ni au téléphone. Désemparée, Françoise demande un droit de visite de sa petite-fille auprès du JAF. « Mais la psychologue a écrit au juge pour nous refuser tout droit de visite. Et lui a suivi son avis ! » Cette démarche n’est toutefois pas été totalement vaine : « J’avais enfin le nom et l’adresse de la psychologue, et j’ai immédiatement porté plainte contre elle. » Une plainte classée sans suite, pour délit insuffisamment caractérisé. 

Douleur et trou noir

Françoise, son mari et sa fille aînée sont au 36e dessous. « Les anti-dépresseurs m’ont fait prendre dix kilos, je m’évanouissais au moindre effort. Si ma fille aînée ne m’avait pas prise en charge, j’aurais fait une bêtise. » N’y tenant plus, un beau jour, elle traverse la France pour affronter sa fille… qui appelle la police. « C’était terrible. Mais ça m’a permis d’expliquer ma situation aux policiers, qui ont aussi entendu la psy. J’ai alors appris qu’elle demandait à Marie de tenir un journal intime dans lequel Marie s’inventait de faux souvenirs. Elle était manipulée. » Et ? « Rien, constat d’impuissance totale. » Au bout d’un an et demi de démarches, Françoise se résout à louer un appartement dans le Jura, à côté de chez sa fille, « pour voir [sa] petite-fille grandir, de loin ». Pas la peine. Un mois avant la signature du bail, coup de fil de Marie. Elle autorise ses parents à voir son enfant. Sa psychologue ayant arrêté les séances de psychothérapie peu de temps avant, elle n’est plus sous influence. La famille se recompose. « Mais Marie est dans le déni. Cette période si horrible pour nous, où elle nous a fait tant de mal, elle semble l’avoir occultée. C’est le trou noir, comme si cette coupure et toutes ces souffrances n’avaient jamais existé. »

* les prénoms ont été modifiés