L'effet d'une douche froide. C'est sans doute la métaphore la plus appropriée à cette défaite à domicile contre le Bélarus (0-1) vendredi dernier, en ouverture des éliminatoires de l'Euro 2012. A l'heure d'un déplacement périlleux en Bosnie ce mardi (21h), l'équipe de France devra déjà oublier ses belles promesses de football offensif et chatoyant pour revenir à des considérations plus terre-à-terre, sous peine de voir ses espoirs de qualification s'envoler prématurément.
"Dans le foot moderne, tout se joue sur les côtés. J'aime les défensifs qui participent au jeu", prônait Laurent Blanc, alors fraîchement nommé sélectionneur des Bleus, au début du mois d'août. Des ambitions à ravir de plaisir des supporters et des joueurs frustrés par cinq années de football frileux sous l'ère Domenech. Karim Benzema : "Laurent Blanc est un sélectionneur qui aime le beau jeu. Ca fait plaisir aux joueurs, en tout cas à moi."
Voilà pour la théorie et les belles paroles. Depuis, un mois et deux matchs (pour deux défaites) sont passés, et la réalité a brutalement fait irruption dans les discours. Blanc : "On va faire en sorte de ne pas perdre trop de points contre cette équipe de Bosnie, dotée d'un pouvoir offensif assez intéressant. On ne peut pas se permettre de dire : 'On va faire le jeu.' On va surtout essayer d'être solides, serrés." Tout est dans le "essayer"...
"Ramener quelque chose"
Car il n'est plus question de rouler des mécaniques. L'attaque de l'équipe de France est toujours atone, tandis que Rémy, Hoarau et Saha, les trois principaux atouts offensifs du sélectionneur, ont dû déclarer forfait après leurs pépins physiques respectifs de vendredi. Ne reste donc plus que deux joueurs à associer à Florent Malouda dans l'animation offensive : Mathieu Valbuena, tout aussi vert à ce niveau que les titulaires des deux derniers matchs, et un Karim Benzema qui, à force de rater le coche à Madrid et en Bleu, en est déjà à jouer son avenir en sélection... à l'âge de 22 ans.
Une situation tellement critique que le Laurent Blanc qui voulait inculquer "la culture de la gagne" en équipe de France n'ose même plus prononcer le mot "victoire". Ce dimanche dans Téléfoot, il n'était plus question que de "ramener quelque chose", voire de "faire un résultat"... Une attitude qui tranche nettement avec celle du camp adverse. Miralem Pjanic, milieu bosniaque de l'Olympique Lyonnais : "S'il y a un bon moment pour prendre les joueurs français, c'est bien maintenant. Il y a beaucoup de joueurs qui manquent à la France, c'est notre chance. Et le stade sera plein à craquer."
C'est que la Bosnie, en tête de ce Groupe D après sa victoire (3-0) contre le Luxembourg, pue la confiance. Et pour ceux qui n'auraient pas compris, Safet Susic, le sélectionneur, en a remis une couche dans les colonnes de France Football ce mardi : "J'ai quelques joueurs exceptionnels. Techniquement, c'est vraiment pas mal, avec Pjanic ou Misimovic ! Et physiquement aussi, nous sommes impressionnants, parce que j'ai de grands costauds comme Dzeko et Ibisevic." Des noms ronflants qui font, pour la plupart, le bonheur de clubs du championnat allemand...
Repères collectifs
L'enjeu de la rencontre ? Ce n'est évidemment qu'un deuxième match de poule (sur dix au total) mais il faut bien se souvenir qu'avec une seule défaite au compteur, la France avait eu toutes les peines du monde à décrocher une place de barragiste lors des qualifications pour le Mondial 2010... Doubler ce chiffre aurait donc quelque chose de dramatique. Voilà pourquoi les Bleus en sont maintenant à serrer les lignes, les dents et autre chose, en colmatant le milieu de terrain (Diarra fera son retour dans un 4-3-3) tout en misant sur un hypothétique et tardif réveil de Benzema dans un jeu de contre-attaque que n'aurait pas renié Raymond Domenech...
La claque de vendredi aura donc eu un mérite non négligeable : faire prendre conscience aux observateurs (et au staff ?) que l'équipe de France manque encore de tout, et surtout de repères collectifs. Tout le contraire de la Bosnie, là encore. "Moi, comme j'ai de bons milieux, j'impose le jeu, je joue en passes courtes sans utiliser trop de longs ballons. On peut varier, mais je préfère qu'on construise en partant de derrière", se vante Susic. Des mots que l'habitude permet de coller aux actes. Quand les Bleus de Blanc font, eux, encore leurs gammes : "Pour l'instant, on s'efforce surtout de faire prendre conscience aux joueurs qu'ils ont des qualités et qu'ils peuvent faire une bonne équipe."
Les équipes probables pour Bosnie-France, match des qualifications à l'Euro 2012 (groupe D), mardi à Sarajevo (coup d'envoi à 21h, à suivre sur M6) :
Bosnie: Hasagic - Mujdza, Spahic, Nadarevic, Ibricic - Rahimic, Misimovic, Pjanic, Lulic - Ibisevic, Dzeko
Sélectionneur: Safet Susic
France: Lloris - Sagna, Mexès, Rami, Clichy - Mvila, A. Diarra, Diaby - Valbuena, Benzema, Malouda
Sélectionneur: Laurent Blanc
Arbitre: M. Brych (Allemagne)
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