Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec), le panel scientifique des Nations unies chargé d'évaluer l'impact des changements climatiques, a montré à quel point les chercheurs peuvent influencer les décideurs et l'opinion publique quand ils parlent d'une seule voix, s'adressant à un public qui n'est pas forcément celui des bancs des facs de science et de s laboratoires de recherche. La preuve la plus tangible de ce succès est le prix Nobel de la Paix que le Giec a reçu avec l'ex-vice-président américain Al Gore en 2007.
Mais qu'en est-il de la biodiversité? Le manque d'expertise scientifique internationale reconnue en la matière a été souligné en 2005 par l'ancien président français Jacques Chirac lors d'une rencontre internationale à Paris. Pendant les quatre dernières années, l'idée d'un regroupement de scientifiques pour la biodiversité a fait son chemin, grâce notamment à la mise en place d'un secrétariat exécutif dirigé par le Français Didier Babin, chercheur au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement).
Création de l'Ipbes
Son lancement est désormais parmi les projets prioritaires du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) qui a repris officiellement le flambeau lors de son assemblée en février 2009 à Nairobi. L'arrivée de l'Intergovernmental Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (Ipbes), calqué sur le moule du Giec ne serait plus qu'une question de temps. On l'attend à priori pour l'année 2010, décrétée année de la biodiversité par l'ONU.
«L'IPBES devrait fonctionner de la même façon que le Giec», explique Didier Babin. Tout comme le Giec, composé de plus de 2 000 scientifiques, le Ipbes n'effectuerait pas de recherches, mais serait chargé de publier des rapports rassemblant les recherches des spécialistes de partout sur la planète. "L'objectif est de faire le point sur les controverses, d'harmoniser les outils et les modélisations par la coordination entre scientifiques, explique Didier Babin. C'est aussi le bon endroit pour que cette parole soit dans reconnue et ait une caisse de résonance, ce qui lui manque aujourd'hui."
Biodiversité et climat
Comme le Giec, l'Ipbes aura la fonction principale de faire le pont entre les scientifiques et les politiques. Entre ceux qui savent et ceux qui agissent. D'ailleurs, «le Giec et l'Ipbes travailleront probablement ensemble, estime Didier Babin, car il existe des liens structurels et fonctionnels entre biodiversité et climat." Pensez par exemple aux forêts tropicales qui sont d'immenses réservoirs de carbone et en même temps un des endroits ou la biodiversité est la plus riche.
L'Ipbes aura sûrement beaucoup de pain sur la planche pour les prochaines années. Pour Didier Babin, "le dossier le plus important est celui du basculement des régulations existantes" vers un mode plus vert. "Il s'agit de taxer la consommation en ressources naturelles au lieu de taxer l'investissement en capital", explique-t-il. En faisant basculer la taxation sur la ressource qui est vraiment rare, on obligerait les entreprises et les Etats à intégrer dans leur comptabilité le coût de ce qui est perdu par la destruction de la biodiversité. Ce sont de nouveaux indicateurs qu'on recherche. Des indicateurs qui puissent tenir compte de ces valeurs longtemps négligées. Irait-on vers un prix Nobel de l'économie pour le Ipbes ? Bien sûr, c'est prématuré de le suggérer, mais son expertise pourrait effectivement bouleverser notre façon de compter. A suivre !









































