PCB… un nom au son peu rassurant qui nous renvoie à l’interdiction de consommer les poissons du Rhône ou les anguilles de la Somme. Des études ont même montré que les ours polaires sont contaminés par des PCB !  Et l’homme dans tout ça ? “En France, aucune étude n’a jamais été menée pour savoir si l’homme est imprégné ou pas. On ne pouvait pas en rester là”, affirme Guillaume Llorca, responsable investigations au WWF-France. L’ONG a ainsi financé une initiative des médecins de l’Asep (Association santé environ­nement Provence) pour réaliser une première étude d’imprégnation sur l’homme. Les résultats ont été dévoilés ce jeudi à Marseille.

Trois catégories analysées
L’Asep a réalisé des prélèvements sur 60 personnes réparties en trois caté­gories : une population consommant des poissons d’eau douce du Rhône et de son estuaire au moins une fois par semaine, une population résidant sur les rives du Rhône ne consommant pas ou très peu de poissons et une population témoin, de représentation nationale. “Globalement, il y a une différence significative entre les gens qui consomment régulièrement du poisson du Rhône et les gens qui habitent le long du fleuve, mais qui n’en consomment pas, les premiers ayant près de quatre fois plus de PCB que les seconds : en moyenne 69,9 picogrammes par gramme de matière grasse contre 28,03 en moyenne”, explique Patrice Halimi, secrétaire général de l’Asep.

Les risques pour la santé
Les analyses de la population témoin ont permis de relever ce qu’on appelle le “bruit de fond”, c’est-à-dire le taux d’imprégnation de la population générale. “Il se situe entre 5 et 20 picogrammes par gramme de matière grasse”, constate Patrice Halimi. On serait donc tous contaminés.
Quels risques pour la santé ? Les PCB sont classés comme cancérigènes potentiels par l’Organisation mondiale de la santé. Des études menées en Espagne ont montré que des personnes avec un taux de PCB double par rapport au “bruit de fond” ont 30% de probabilité en plus de développer un cancer du colorectal. Pas de panique pour autant : “Il y a une différence entre maladie et facteur de risque”, explique Patrice Halimi. “Qui fume n’aura pas nécessairement un cancer, mais, en tant que médecin de terrain, connaître l’exposition de la population me permettra de mieux conseiller mes patients.” C’est  cette exigence qui a motivé les médecins à engager cette étude partielle, mais qui aboutit à tirer la sonnette d’alarme, en attendant l’étude d’envergure que va mener l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (voir encadré) dont les résultats ne devraient pas être connus avant quatre ans.