Daniel Beltra, photographe espagnol basé à Seattle, vient de recevoir le prix spécial pour l’environnement des Sony World Photograpy Awards, attribué en partenariat avec le Prince’s Rainforest Project, l’initiative du prince Charles pour la forêt tropicale. Une tâche ardue l’attend : rapporter en quelques mois des images qui racontent la situation des forêts dans le monde, pour sensibiliser le plus grand nombre au fléau de la déforestation. Son reportage fera l’objet d’un livre que le prince Charles remettra aux chefs d’Etat du monde entier, avant la conférence de l’ONU sur le climat de Copenhague, en décembre, et d’une exposition itinérante.
Comment allez-vous aborder le thème des forêts ?
On a choisi de couvrir les trois grandes forêts tropicales de la planète : en Amazonie, au Congo et en Indonésie. C’est une grande responsabilité car le livre qui sera réalisé avec mes clichés sera remis à des hautes personnalités, comme Sarkozy ou Obama ! L’idée du prince Charles est de mettre la destruction des forêts au cœur des négociations sur le climat, car elle est responsable de 20% du CO2 contenu dans l’atmosphère. C’est plus que tout le secteur des transports dans le monde. Si on arrêtait toutes les voitures, tous les bateaux et tous les trains, ça réduirait moins les émissions de CO2 que si on arrêtait de couper des arbres.
Avez-vous déjà été sur place ?
Je connais bien l’Amazonie et l’Indonésie. Ce qui se passe en Indonésie est terrible. L’année dernière, à Sumatra, j’ai vu les cultures du palmier à huile qui s’étendent sur des milliers d’hectares, il n’y a plus de forêt ! En Indonésie, il est encore possible de prendre des clichés de près. En Amazonie, on risque sa vie. Une grande part de la déforestation est en effet illégale : ils coupent les meilleurs arbres, puis nettoient le reste par le feu pour y mettre du bétail ou cultiver du soja, qui va à l’alimentation animale. Ils ne veulent voir ni de photographes ni d’ONG. C’est compliqué. J’ai fait beaucoup de photos aériennes : le contraste entre la forêt vierge et les zones déforestées remue les consciences.
Comment êtes-vous "tombé" dans la photo environnement ?
Dès l’age de 13 ans, j’ai commencé à prendre des photos dans la nature. Mais c’est Greenpeace qui m’a ouvert les yeux. Je travaille avec eux comme indépendant depuis 1992, ce qui m’a permis de réaliser des reportages sur les essais nucléaires à Mururoa en 1995, en Arctique, en Antarctique et, bien sûr, dans les forêts tropicales.
Pensez-vous que votre travail puisse faire bouger les choses ?
Les photographes sont tous un peu fous ! On veut tous croire qu’on va changer le monde, mais il faut ça ! C’est comme se faire lâcher au milieu d’un grand lac. Qu’est-ce que vous faites ? Vous attendez de vous noyer ou vous nagez ?








































