Le mythe d’une architecture verte réservée à une poignée de personnes fortunées est brisé par l’expo “Habiter écologique”, inaugurée hier à Paris.  “Nous voulions aller des racines au ciel, en regardant cent ans d’histoire sur tous les continents, mais aussi en allant vers l’avenir et la prospective”, souligne Dominique Gauzin-Müller, commissaire générale de l’exposition.

Le mal-logement, un défi
Or, dans un pays qui compte 3 millions de mal-logés, l’avenir ne peut se concevoir sans trouver des solutions de logement écoresponsable à la portée du plus grand nombre. C’est pourquoi, en partenariat avec la Fondation Abbé Pierre, la Cité de l’architecture a lancé un appel à idées dans cinq écoles d’architecture françaises, “pour sensibiliser les futurs professionnels à ce problème”, explique la commissaire. Les projets sont présentés dans le cadre de l’expo.

“Outsiders”, le premier prix
“Une maison est une grotte et une tente”, leur répète leur professeur, Patrice Douat. Pierre, Léa et Vincent, de l’Esna Grenoble ont traduit ce précepte dans “Outsiders”, un projet “très économique et très social”. L’idée est de construire moins, pour encourager le “vivre dehors” (“outside”, en anglais). L’intérieur est le lieu de l’intimité (la grotte), aménagé sous un “parapluie capteur d’énergie”, conçu de façon à utiliser l’énergie solaire afin de créer un micro-climat. Dehors, c’est la tente, lieu d’échange et d’ouverture.

“L’Atre”, un foyer pour tous
Le projet issu de l’Ecole spéciale d’architecture de Paris (2e prix) a particulièrement plu à la Fondation Abbé Pierre car l’espace intérieur se développe autour d’un foyer, d’un âtre. “C’est l’idéal rêvé par beaucoup de ceux qui n’ont jamais eu un logement décent”, souligne la commissaire. Ce projet sera réalisé à Reims.

Une tour écolo
La “mention radicalité” du jury est allée au projet “Détourner la dalle”, des tours qui s’élèveraient sur le toit d’un parking. “Il faut densifier la ville existante avant de s’étaler, souligne Dominique Gauzin-Müller. Nous aurons besoin de terrains agricoles à proximité des villes lorsqu’on n’aura plus assez de pétrole pour importer notre nourriture.”

Une architecture holistique
L’architecture durable ne peut pas se résumer à l’efficacité énergétique et aux énergies renouvelables. Elle doit avoir une conscience plus large du contexte dans lequel elle s’inscrit : la ville dense, l’orientation, l’aménagement, le vivre ensemble, l’utilisation de matériaux d’origine locale. “Par l’orientation et le bon emplacement des fenêtres, on peut réduire de 30% la consommation d’énergie. Et cela ne coûte que de la matière grise ! La technologie ne vient qu’après tout cela”, conclut Dominique Gauzin-Müller.