Il est difficile d'imaginer lorsqu'on fait son plein à la station-service  en quelles conditions on extrait l'or noir qui nous fait rouler. On ne sait même pas exactement d'où vient l'essence ou le diesel : pas de traçabilité à la pompe. Le rapport que vient de publier l'ONG Amnesty International sur le pétrole, la pollution et la pauvreté dans le delta du Niger (Nigeria : Petroleum, Pollution and Poverty in the Niger Delta) est édifiant.

Dans ce pays qui compte parmi les plus gros exportateurs au monde de pétrole, non seulement la population ne profite pas de la richesse créée, elle subit les conséquences d'une pollution inquiétante, selon Amnesty. L'ONG n'hésite pas à qualifier de "tragédie des droits humains" la situation dans le delta du Niger.

Des conséquences sur la santé
"Les populations vivant dans les zones de production du pétrole dans le delta du Niger doivent utiliser une eau polluée pour boire, cuisiner et se laver. Elles consomment du poisson contenant des hydrocarbures et d’autres toxines (lorsqu’elles ont la chance de trouver du poisson), et les terres qu’elles utilisent pour l’agriculture sont détruites. Après les déversements de pétrole, elles inhalent des vapeurs d’hydrocarbures, du gaz et d'autres polluants. ", explique Audrey Gaughran, spécialiste de la responsabilité des entreprises en matière de droits humains pour Amnesty et coauteur du rapport.

"Pour pêcher, il faut pagayer pendant quatre heures sur plusieurs rivières pour arriver à un endroit moins pollué… mais malgré tout, lorsqu'on ouvre le ventre des poissons, ça sent parfois le pétrole brut" , raconte un pêcheur nigérian, cité par le rapport. "Les gens se plaignent de problèmes respiratoires et de lésions cutanées – et pourtant, ni le gouvernement ni les compagnies pétrolières ne cherchent à contrôler les conséquences humaines de la pollution par les hydrocarbures", ajoute Audrey Gaughran.

Shell mis en cause
Aujourd'hui, aucune étude n'a évalué l'ampleur des déversements d'hydrocarbures dans le delta du Niger. Ce qui est sur est que les conséquences pour la population locale sont désastreuses : "la majorité de la population du delta du Niger dépend de l'environnement naturel pour sa nourriture et ses moyens de subsistance, notamment par l'agriculture et la pêche", explique l'ONG.

"Le delta du Niger constitue un exemple frappant du manque de responsabilité d’un gouvernement envers son peuple, et d’entreprises multinationales n’ayant pratiquement aucun compte à rendre quand leurs activités portent atteinte aux droits humains", résume Audrey Gaughran.

Les manquements du gouvernement ne dédouanent pas pour autant les compagnies pétrolières de leurs responsabilités, explique Audrey Gaughran : "Les compagnies pétrolières telles que Shell (le plus gros exploitant de la région, ndlr) ne peuvent pas ignorer les conséquences de leurs actions simplement parce que le gouvernement ne parvient pas à leur faire rendre des comptes. La règle, en l’occurrence, ce n’est pas le ‘ pas vu, pas pris ’ – il existe des normes internationales concernant l’industrie pétrolière et ses conséquences sociales et environnementales. Les compagnies opérant dans le delta du Niger les connaissent très bien."

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(pdf en anglais)