Les députés européens ont voté mercredi après midi un renforcement du projet de règlement visant à mettre fin aux importations de bois illégal en Europe. On estime en effet que "20% du bois importé dans l'UE soit illégalement coupé dans la forêt boréale russe et dans les forêts tropicales", souligne Gilles Moynot, chargé de programme WWF pour le bassin du Congo. Or, l’UE est le principal importateur de bois provenant d’Amazonie, de Russie et d’Afrique. "Le bois illégal contribue à la déforestation, à la dégradation forestière et accélère le changement climatique, la perte de la biodiversité tout en exacerbant les tensions sociales et la pauvreté dans les pays en voie de développement", explique Greenpeace dans un communiqué.

Une traçabilité garantie
Les associations de protection de l’environnement ont donc salué aujourd'hui le vote de ce nouveau texte qui prévoit notamment que tous les acteurs du marché du bois ou des produits bois prouvent la légalité des produits qu'ils mettent sur le marché européen. Le texte "appelle aussi à la mise en place obligatoire d’un système de traçabilité complet des produits bois des forêts de la production aux consommateurs finaux", souligne Greenpeace.

Les entreprises de la filière satisfaites
Près de 40 sociétés européennes de la filière, parmi lesquels Castorama et Pier Import, ont accueilli favorablement, dans une déclaration publiée aujourd'hui, la position du Parlement. Ils vont même plus loin en demandant que des directives soient établies pour la mise en place de sanctions contre ceux qui ne respecteraient pas la réglementation. Les entreprises qui agissent dans la légalité sont en effet souvent pénalisées par la présence sur le marché de produits moins chers, car d'origine illégale. "Aujourd'hui, une fois que le bois illégal arrive dans un port européen, aucun texte ne permet de considérer que ce  cela constitue un délit et par conséquent, le bois ne peut pas être saisi et rentre dans les circuits commerciaux, exactement comme le bois légal", ajoute Gilles Moynot.

Une note du gouvernement français
Le gouvernement français ne paraît pas être du même avis. En invoquant "un dispositif trop lourd et coûteux totalement prohibitif", le bureau du Premier ministre a adressé mardi une note aux eurodéputés français de tous les bords, dont Metro a eu copie, en leur demandant de ne pas voter un certain nombre d'amendements. "A l'occurrence, les 15 amendements qui renforçaient le texte ont été l'objet d'un seul vote", a précisé Gilles Moynot. Les eurodéputés français ont finalement voté pour, à l'exception de 16 des 17 eurodéputés du PPE qui se sont abstenus.

"C'est le comble ! lance Gilles Moynot, alors que Michel Barnier (ministre de l'Agriculture et candidat à l'élection européenne de juin, ndlr) s’est récemment présenté dans la presse comme le candidat de l’éco croissance tandis que Jean-Louis Borloo (ministre de l'Ecologie, ndlr) s’engageait pour la protection des forêts tropicales". Les associations espèrent que la position française aura changé d'ici au Conseil des ministres de l'Agriculture qui se penchera sur le projet de règlement en juin. A ce soir, le bureau du Premier ministre n'a pas encore répondu à notre demande de précisions.