C’est comme ça. Les clichés collent à la peau. La Calabre évoque la N‘Dranghetta, la mafia calabraise, l’organisation criminelle qui domine la région, à l’est du Mezzogiorno. Mais qui connaît vraiment la Calabre, la région la plus méridionale de la péninsule italienne ?

Située à la pointe de la “botte”, elle a longtemps été un carrefour commercial et une terre d’invasions. Colonisée dès le VIIIe siècle par les Grecs, la côte calabraise de la mer Ionienne est jalonnée de sites antiques, Sibari, Crotone, Locri, sans oublier Reggio, dont le musée renferme les célèbres guerriers de Riace.

Mosaïque d’identités nationales, enclavée par sa forme péninsulaire et ses vastes massifs montagneux, la Calabre tisse peu de liens avec le reste de l’Italie, tout en développant une identité forte : en témoignent les traditions toujours vivantes, comme la Fête de l’espadon (Sagra del pesce spada), qui a lieu tous les ans de mai à mi-juillet, de Bagnara à Scilla, villes côtières où flottent un parfum d’Odyssée, une invitation au voyage.

Là-bas, la couleur des eaux cristallines aux reflets pourpres de la Costa Viola (qui court de Palmi à Villa San Giovanni) fait écho au vert profond de ses montagnes et à l’ocre des terres arides. Du nord au sud, son épine dorsale est formée par le massif du Pollino (2 248 m), la Sila, les Serre et l’Aspromonte.

Du sable, des rochers, des forêts, une nature tranquille, un relief torturé. Le pays des bannis et des âmes vagabondes est aimé des dieux. Famine, misère, brigandage, mauvaise réputation : les maux qui durant des siècles ont accablé la Calabre reculent grâce à un engagement de la région dans les domaines touristiques et culturels. Mais que deviendrait l’âme de la Calabre sans cette odeur de soufre qui l’accompagne ?

Un village suspendu
Je me souviens de la première fois où j’aperçus Pentedattilo, village perché de la côte ionienne : il tenait le ciel au creux de sa main. Les gros lézards verts se poussaient à peine lorsque j’avançais sur ses chemins de ronces. Pentedattilo vient du grec pentedàktylos (cinq doigts). Le petit village fantôme, fondé au VIIe siècle av. J.-C., se love à l’intérieur d’une gigantesque main rocheuse. Buisson de pierre accroché à une colline aride, cerné par une végétation sèche aux couleurs ocre, Pentedattilo est le royaume des reptiles et des insectes. Le bourg est abandonné depuis les années 1960, date à laquelle les risques d’éboulement ont contraint les autorités à déclarer la zone dangereuse. Pentedattilo condamné au silence éternel ? Pas sûr. L’association Pro Pentedattilo réhabilite certaines demeures pour y accueillir des jeunes pendant l’été. G.B

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