Attention, sujet épineux. Ce matin, de 9h à midi, se tient au ministère de la Santé une table ronde, intitulée « Radiofréquence, santé et environnement ». Pendant trois heures, opérateurs de téléphonie mobile, associations militant pour la sécurité des populations exposées aux ondes électromagnétiques et organismes publics sont censés « faire le point sur les connaissances scientifiques, ainsi que sur la règlementation en vigueur », selon le ministère. Ils doivent aussi « identifier d’éventuelles mesures complémentaires en matière de recherche, d’expertise scientifique, d’information du public ». En trois heures, c’est court ! D’autant qu’il leur faudra écouter aussi les discours de la ministre de la santé, Roselyne Bachelot, et des secrétaires d’Etat à l’Ecologie et à l’Economie numérique (respectivement Chantal Jouanno et Nathalie Kosciusko-Morizet). Si cette réunion a le mérite de porter sur la place publique le sujet très controversé de la nocivité des radiofréquences émises par les antennes-relais et les téléphones portables, autant dire que la place consacrée au débat risque d’être réduite à sa portion congrue…

Principe de précaution

Pas surprenant si l’on reprend le cours des événements. Le 4 février, Bouygues Telecom est condamné en appel à démonter une antenne-relais dans la commune de Tassin-la-Demi-Lune (Rhône), au nom du principe de précaution. Une première, suivie depuis d’autres cas. Le lendemain, Nathalie Kosciusko-Morizet propose la tenue d’un « Grenelle des antennes ». Prévu pour le 19 mars, il est reporté au 26, puis finalement repoussé à aujourd’hui. Au passage, il est relégué au rang de simple « table-ronde » et c’est la ministre de la Santé qui reprend le flambeau.

Ce mardi, les associations Agir pour l’environnement et Priartem (Pour une réglementation des implantations d’antennes relais de téléphonie mobile) ont dénoncé devant la presse « une mascarade destinée à éteindre l’incendie allumé par une décision de justice ». Janine Le Calvez, présidente de Priartem, a dénoncé le fait que, « alors qu’on est en pleine controverse scientifique, aucun scientifique ne sera présent ». « On nous a dit [au ministère] qu’ils ne sont pas indispensables au débat ! » Selon Stephen Kerckhove, d’Agir pour l’environnement, cette décision d’évincer les scientifiques est dans la droite ligne de la lettre de mission envoyée par François Fillon à Roselyne Bachelot. Le Premier ministre y excluait d'emblée que les antennes-relais présentent un risque pour la santé, alors même que ce point est très contesté. Selon les associations, le débat, le vrai, pourrait avoir lieu les 6, 14 et 15 mai, à l’occasion de nouvelles tables rondes. Du moins l’espèrent-elles.