Entrée en vigueur en 2005, la loi handicap impose aux entreprises de plus de 20 salariés, 6 % de personnes en situation de handicap, sous peine de lourdes sanctions financières. Malgré tout, de nombreux employés hésitent toujours à se déclarer handicapés.

Seuls 4 % d’entre eux osent. Metro a réuni à l’occasion d’une table ronde sur le handicap, six professionnels qui se sont investi dans l’intégration et la formation de personne en situation de handicap dans leur entreprise.

- La peur de se déclarer « handicapé »
Pour un salarié, il est souvent difficile de se définir comme handicapé. En cause : le regard des autres et la crainte d’être stigmatisé. « Souvent les personnes en situation de handicap ne trouvent pas forcément d’intérêt à se déclarer. Elles ont peur de ne plus être reconnu professionnellement et avoir le même salaire. » explique Lucile Bloch, chargée de mission handicap du groupe Flo.

Sortons des préjugés. Un handicap n’est pas forcément quelqu’un dans un fauteuil roulant ou aveugle. Un salarié peut souffrir d’asthme ou du diabète gênant dans son travail et prétendre à la reconnaissance du travailleur handicapé (RQTH).

Responsable Etudes et développement des Ressources Humaines au Crédit Agricole, Anne Bizouard insiste sur « le climat de confiance » qui doit régner dans l’entreprise pour accueillir un travailleur handicapé: « Les personnes acceptent de dire leur handicap, pas uniquement pour l’aménagement de leur travail, mais aussi parce qu’elles estiment que c’est un regard positif ».

- Le maintien dans l’emploi
Pas facile pour les entreprises d’obtenir les 6 % de travailleurs handicapés imposés. Elles disposent de trois leviers pour y arriver : le recrutement, le maintien dans l’emploi et l’appel au secteur protégé. Des dispositions parfois difficiles à mettre en œuvre. Matthieu Penaud, responsable Mission handicap à la Société Générale l’explique : « je me suis retrouvé face à des salariés, à qui on propose des situations de maintien dans l’emploi, qui leur ont paru exagérées. Une personne handicapé ne veut pas qu’on mette trop l’accent sur sa différence».

- le salarié handicapé : un collaborateur comme les autres
Recruté en fonction de ses compétences et de ses aptitudes, le salarié handicapé est d’abord un collaborateur comme les autres. « Quand on recrute, on recherche des personnalités. On sollicite avant tout des gens qui ont envie de contribuer à notre entreprise » spécifie Magali Stamegna, responsable développement durable à Conforama. Une préoccupation que l’on retrouve chez EDF : « les travailleurs handicapés veulent êtres reconnus pour leurs compétences, pas pour leur handicap» précise Eve Mathieu directrice de la Marque Employeur groupe.

Afin de s’adapter au plus près de ses collaborateurs, Areva a mis en place des « équipes pluridisciplinaires » : « composée d’une assistante sociale, le manager,les salariés, la médecine du travail, les acteurs RH de manière à cadrer les choses et voir jusqu’où l’on peut accompagner » poursuit Laurence Mialaret-Tabaries, chargée de mission ressources humaines.

- Des formations pour les travailleurs handicapés
Les entreprises doivent accepter de recruter et de former. 50 % des actifs handicapés ne possèdent aucun diplôme. Certaines entreprises choisissent l’alternance, comme EDF où les profils sont plus techniques. Une option également approuvée par le Crédit Agricole qui a mis en place une filière sur-mesure en accord avec l’éducation nationale dès le bac +1.

L’entreprise organise aussi un tour de France des compétences dans 64 villes pour les personnes en situation de handicap. Logica a préféré le stage comme moyen de recrutement : « En partenariat avec l’ANPE, on propose 40 jours de formation avec un stage long de trois mois et une perspective d’embauche, explique Alain Séguy, Directeur Mission Emploi Handicap, c’est un élargissement de nos critères de sélection du candidat ».