Il y a encore cinq ans, les seuls touristes qui s’arrêtaient pour se restaurer à Portland, sur la route de leur maison de campagne dans le Maine, n’avait qu’un choix limité : un homard, des frites maisons et une bière locale. On s’en contenterait aisément me direz-vous. Oui mais voilà, en l’espace de quelques années, Portland est devenue le point de rendez-vous de tous les jeunes chefs de la côte Est.

Vu le prix d’un bail à New York, il était évident pour un chef autodidacte comme Rob Evans, aussi talentueux qu’inconnu sur la scène gastronomique, qu’il fallait trouver une autre destination pour lancer son propre restaurant, Hugo’s. Ce sera donc Portland. Il est aussitôt élu meilleur nouveau chef par la très sérieuse revue Food & Wine. En 2009, Evans reçoit le James Beard Award (les Oscars de la restauration) du meilleur chef du Nord-Est. De quoi donner des idées à bien d’autres toques du coin.

"Emulation culinaire"
Erik Desjarlais est de ceux-là. En 2008, il ouvre son restaurant, Evangeline. Il est lui-même formé sur le tas, après avoir sillonné l’Europe depuis ses 12 ans avec un oncle français. "Portland offre la plus belle émulation culinaire que je n’ai jamais rencontrée", explique-t-il.

Sa femme, Krista Kern, une ancienne du restaurant de Guy Savoy à Paris, lui emboîte le pas avec son restaurant italien Bresca. Masa Miyake (Food Factory Miyake), un maître du sushi japonais venu de New-York (probablement l’un des meilleur sushi des Etats-Unis), Sam Hayward (Fore Street) venu de l’Ohio, Steven Lanzalotta, le génial pâtissier de Micucci, un importateur de produits italiens… tous se retrouvent à Portland.

Les matières premières à proximité
"Il n’y a pas d’esprit de compétition entre nous, explique Erik Desjarlais. Tout ce que l’on veut, c’est ne pas fermer boutique. Et quand l’un d’entre nous reçoit un prix, comme Rob, tous les autres en profitent : ça attire de nouveaux visiteurs."

Mais l’attrait principal de Portland, ce sont ses matières premières. "Vous voulez des chanterelles fraiches, vous les trouvez à 15 minutes d’ici", explique Don Lidgren, un bouquiniste de New York venu ouvrir avec sa femme pâtissière une librairie culinaire baptisée Rabelais. "Des petites pommes du Maine : 15 minutes. Des poulets élevés au grain: pareil. Avec le port en bas, vous avez accès aux meilleurs poissons, aux homards, à 85% de la récolte de caviar de tous les Etats-Unis. Et le tout, 100% bio… Comment ne pas succomber ?"

Pour tous les budgets
Retour chez Evangeline, où l’.on savoure la brandade, merveilleuse combinaison du cabillaud du Maine et de la tradition française, un foie gras chaud aux Lady Apple (des petites pommes que l’on ne trouve qu’ici) rôties et aux pickles de potiron, ou un splendide porc fondant (la mascotte de la maison) aux haricots jaunes, en dessert : un petit pot de crême de chocolat Valrhona… Le tout pour moins de 45 dollars (30 euros), on en redemande en cette période de crise.

Résultat : le lendemain, on fonce déguster les bagels maison de Mister Josh Potocki, au 158, une petite cabane légendaire pour les gens du coin qui viennent y passer leur dimanche matin pour un petit-déjeuner copieux.

Après tout cela, vous ne serez donc plus étonnés d’apprendre que Portland a été élue "destination délicieuse de l’année" par la chaine de cuisine Food Network, ou "meilleure petite ville de fooding" par le magazine américain "Bon Appétit"…