Mis à jour 17-11-2009 10:48
"Il faut penser et manger simple"
William Reymond, auteur d'une enquête sur les secrets et l'avenir de la malbouffe, "Toxic food", a dialogué avec les metronautes.

Photo : Arnaud Fevrier Flammarion
William Reymond, "Toxic food". Ed. Flammarion. 315 p ; 20€
Notre mode alimentaire, issue de l'industrie s'oppose à nos gènes qui n'ont pas évolué aussi vite que notre alimentation. Et cela nous rend malade.
Bonjour aux métronautes et merci à Metro de me recevoir.
Mich : Bonjour. Vous aviez déjà signé une enquête "Toxic", il y a quelques années. Quelles sont les nouvelles données ?
Toxic démontrait que la crise d'obésité était mondiale et là, j'ai voulu me pencher sur ses véritables effets. La prise de poids n'est que la partie visible de l'iceberg, j'ai voulu voir ce qu'il se passait vraiment pour notre santé.
Lafrite : L'obésité est l'arbre qui cache la forêt dites-vous ?
Exactement. Au delà du poids, c'est une augmentation importante de certains cancers comme celui du sein et le colorectal. Des maladies cérébrales aussi. L'héritage génétique joue certes mais dans une minorité des cas. En réalité notre alimentation est le moteur essentiel et aujourd'hui la nouvelle malbouffe ce n'est plus ce que mange l'autre mais l'essentiel de notre alimentation.
Meudon : Comment être sûr de bien manger aujourd'hui ? Même les marchés ne sont plus gages de qualité...
Exactement, cela devient d'autant plus difficile que l'on se rend compte par exemple que nos fruits et légumes sont désormais appauvris en vitamines par rapport à ceux d'il y a trente ans. Mais malgré tout, il y a des réflexes simples comme éviter au maximum les produits tout préparés.
Graton : Y a-t-il des preuves du lien entre la malbouffe et l'augmentation du nombre de cancers ?
Oui et c'est en cela qu'à mes yeux la situation est le plus dramatique. Nous savons par exemple que certains pays qui adoptent notre mode alimentaire se retrouvent malades de certains cancers qui n'existaient pas chez eux avant. Dans le même esprit, nous nous sommes rendus compte que certains produits contribuaient à la maladie. A l'inverse, d'autres peuvent la ralentir.
Lola : Est-ce vrai qu'il y a aujourd'hui plus d'eau dans les légumes ? C'est dû à quoi ?
C'est exact. Il faudrait manger 5-6 oranges d'aujourd'hui pour retrouver les niveaux de vitamines d'il y a trente ans. La surcharge d'eau est directement liée aux techniques intensives de productions. On arrose plus pour produire plus. Et en bout de chaine, ce sont nous les consommateurs qui en supportent le prix. Et lorsque on ajoute la présence importante de pesticides autant choisir le bio lorsque c'est possible.
Moleskine : C'est quoi les dernières méthodes des publicistes pour nous faire avaler n'importe quoi ?
D'abord, ils jouent avec nos gènes. Nous vendre des produits pour satisfaire nos instincts en terme de goût (sucré-salé) ensuite, ils sont en train de voir comment contourner nos réserves pour directement tenter de trouver dans nos cerveaux le "bouton" de la pulsion d'achat. C'est le neuromarketing.
Mimime : C'est quoi les aliments qu'il ne faut surtout pas donner à nos enfants ?
C'est une question qui me concerne particulièrement, je suis père de deux garçons et je suis très vigilant. Il faut éviter bien sur les produits préparés trop riches en gras et sel et adjuvant chimiques. Cela peut être le cas des céréales par exemple. Il faut éviter les produits contenant des acides gras trans, la plupart des produits frits aussi.
Nol : Toutes ces enquêtes font vraiment flipper, en plus vous nous parlez de neuromarketing mais ou va-t-on ? Comment faire ? Se replier dans la forêt et vivre de chasse et de cueillette ?
Non, ce n'est pas la solution et ce n'est pas la manière dont je vis. Le progrès peut être aussi formidable mais il faut s'éduquer, connaitre, reprendre le contrôle de nos assiettes. Chaque achat est comme un bulletin de vote. Mais cela ne suffira pas. Les politiques doivent prendre le relais.
Klimt : La toxic food, c'est quoi ? Tous les produits qui ne sont pas bio ?
Non, le tout bio n'est pas la solution car de toute manière, elle est bien trop coûteuse. Toxic Food, c'est ce que l'on pourrait désigner par la nourriture industrielle. Riche en conservateurs et autres produits chimiques et qui dans son processus de préparation a perdu ses qualités pour s'enrichir d'ingrédients dangereux. Il faut penser et manger simple.
Carotte75 : C'est quoi votre problème avec José Bové ?
Je n'ai pas de problème avec lui. Je raconte seulement comment son combat a limité notre perception en nous faisant penser que la malbouffe n'était que les fast food et les McDo. En réalité, c'est bien plus et c'est pour cela que le problème nous concerne tous.
Mimime : On en trouve dans quoi des acides gras trans ? Y-a-t-ils certaines marques en lesquelles ont peut tout de même avoir confiance ?
C'est une bonne question car la France n'a pas encore une législation obligeant un affichage de ce produit. Il faut donc regarder la composition et refuser les produits utilisant de l'huile partiellement hydrogénée. Des fois, cela apparait sous le terme d'huile modifiée. Et d'autres seulement sous celui d'huile de palme. Les produits surgelés, les viennoiseries, les barres chocolatées sont des grands utilisateurs des acides gras trans.
Nat : Ou et comment avez-vous enquêté ?
Aux USA, au Canada et en Europe et plus particulièrement en France. L'enquête a été variée. Des scientifiques, des médecins, des chercheurs, des industriels, des publicitaires...
Naguima : Que faire si vous voulez créer une exploitation de poules pondeuses bio qui serait la première en Dordogne mais que vous vous heurtez à des obstacles jusqu'au niveau ministériel alors que le dossier est jugé viable ? A quand la fin des liens entre les politiques, les banques et les riches fermiers pour arrêter ce genre de pratiques ? Trois ans d'efforts pour tomber dans le surendettement, voilà où l'on en est de notre souhait de faire du bio à des prix des œufs fermiers pour que le produit soit accessible à tout public et non seulement des privilégiés financièrement. Je voudrais une réponse franche, si vous oserez, bien sûr, d'autant que le député contacté n'a jamais donné suite à notre demande.
C'est ce que je disais toute à l'heure : il faut aussi une volonté politique. Il faut comprendre que notre système de production nous conduit droit dans le mur. Les dégâts en terme d'environnement sont connus, j'expose ceux sur notre santé. Il faut donc que les pouvoirs publics encouragent et soutiennent les projets sortant de cette logique. Mais cela sera un long combat.
castor74 : Ne croyez-vous pas que c'est une honte pour un pays riche comme la France, que des tas de braves gens meurent de faim alors que l'on empêche au niveau des plumitifs de Bruxelles les paysans de produire les biens nécessaires aux gens pour bien manger ? Je connais le problème à fond, je suis fils de paysans et paysan moi-même. Je sais ce que la bonne nourriture veut dire. Haro sur les grandes surfaces qui font des bénefs sur le dos des producteurs et lorsque les aliments arrivent entre les mains des consommateurs, ils sont hors de prix.
Cela confirme ce que je viens de dire : dénoncer la qualité de notre alimentation, c'est remettre en question tout le système qui encourage la production de mauvais produits et n'encourage pas le contraire. Bruxelles comme Washington doit se défaire du poids des lobbyistes qui défendent les intérêts de certaines grosses compagnies.
Chevale : Penser et manger simple oui mais comment convaincre le consommateur harcelé par la Publicité ?
C'est l'enjeu de notre combat. Pour nous mais surtout pour la génération suivante, celle des enfants. C'est pour cela par exemple que je fais des conférences dans les écoles. Il faut éduquer le plaisir de préparer et manger. Et, nous parents, nous devons expliquer pourquoi nous refusons certains produits et démonter les mécanismes de la publicité. Mais ce n'est pas facile.
Moleskine : Les graisses, les sucres et les farines blanches sont les trois piliers de la toxic food écrivez-vous. Ca laisse pas grand chose comme aliment si ?
Au contraire. Il y a les fruits, les légumes, les produits complets. Un peu de viande et de poisson. Et puis je peux vous garantir quelque chose, cela va vous permettre de redécouvrir le gout. Voire les goûts.
Alu : Aujourd'hui, qui lutte efficacement contre la malbouffe ?
C'est une question complexe. Avec la crise économique, la question est passée au second plan alors que cela devrait être le contraire. La malbouffe crée des maladies qui finalement coûtent très cher au système. Je pense que le combat aujourd'hui se joue au niveau local.
Jani : 300 millions d’obèses... c'est à cause de la malbouffe?
Oui, la nouvelle malbouffe est responsable de cette pandémie d'obésité. Notre mode alimentaire, issue de l'industrie s'oppose à nos gènes qui n'ont pas évolué aussi vite que notre alimentation. Et cela nous rend malade.
Nin : On peut évidemment mettre toutes les responsabilités sur l'agroalimentaire mais les gens aussi ont des responsabilités non ?
Certes nous avons le choix mais comment mettre en avant notre responsabilité quand des centaines de millions d'euros sont investis pour vous faire manger un produit mauvais ?
Lorsqu'il est disponible de partout ? Et lorsque la pub et sa composition contournent votre raison ?
Celia : Mac Do a fait de gros efforts ces dernières années, n'est-ce pas vrai ?
McDo comme les autres géants de l'agroalimentaire a une seule crainte : faire face à sa responsabilité. Un peu comme les fabricants de cigarettes il y a 20 ans. Alors on fait des changements de façade. On offre des salades mais les résultats sont là : l'essentiel des ventes repose sur les produits qui sont dangereux pour vous.
Moleskine : Dans quoi trouve-t-on du sirop de fructose-glucose ? Qu'a-t-il de si mauvais ?
On en trouve de plus en plus pour remplacer le sucre : produits congelés, glaces, gâteaux, soupes... Sa composition n'est pas "gérée" par notre cerveau qui n'envoie pas le signal de satiété. Résultat ? On consomme plus sans "entendre" notre organisme qui n'en souhaite plus. Et puis, il crée des problèmes de cholestérol et agit sur le foie.
Mouss : J'ai pas bien compris ce qu'était l'acrylamide....
C'est une substance cancérigène qui se forme lorsque vous cuisinez dans de l'huile à haute température. Comme les frites par exemple. Depuis 2002, l'industrie sait comment faire pour diminuer la présence d'acrylamide dans les frites, les crackers et les céréales mais rien n'est fait. Ou presque.
Meudon : Est-que c'est aussi mauvais de boire des sodas light ou a zéro calorie que des sodas normaux ?
C'est d'abord peu efficace si vous souhaitez perdre du poids. Cela maintient notre cerveau en état d'appétit pour les produits sucrés donc les calories sauvées là, sont reprises ailleurs. Reste la question de l'aspartame et autres édulcorants. Pour ma part, j'évite et je vous conseille d'en faire autant.
Lune : Y a-t-il des collisions entre les grands groupes agro alimentaires et des institutions d'état ?
Je raconte dans "Toxic Food" comment le CREDOC par exemple collabore avec Coca-Cola pour nous expliquer que s'hydrater est important et que les produits de la marque peuvent nous y aider. Et ce n'est pas le seul exemple.
Loup : C'est qui les flexitariens ?
C'est un mode alimentaire proche des végétariens mais où la viande et les poissons sont consommés en petite quantité. Je suis flexitarien moi-même.
Merci aux metronautes pour vos questions. Reprendre le contrôle de nos assiettes est un combat qui nous concerne tous







