En hiver, la lumière finlandaise est d’une pureté extatique. Le soleil s’éveille tard, vers dix heures, timide, surpris de sa propre insolence. Il se couche, au contraire, brusquement. S’évanouit sans un mot à 15 heures. La nuit entoure l’heure du goûter, épaisse.

En Finlande, la lune règne sur l’hiver.
Un soir, dans la région de Wild Taiga, délaissant la douceur sifflante d’un feu de bois, je suis allé me promener sur le lac gelé Lammasjärvi. Le thermomètre affiche – 22°. J’avance avec précaution. On m’a conseillé de ne pas m’éloigner du bord. Soudain, le lac s’aperçoit de ma présence : le voilà qui gronde, craque, mugit. Un esprit énorme habite cette masse pâle, dont les contours s’oublient dans la nuit. Je comprends alors l’origine du Kalevala, l’épopée finnoise, poétique et animiste. Un folklore qui inspira à Tolkien une partie du Seigneur des Anneaux.

C’est l’autre aspect de la nuit finlandaise. Dehors, le silence et la nuit. A l’intérieur, une parole libérée, réconfortante. Le verbe tient chaud, surtout si on l’accompagne d’une rasade de vodka. A l’instar du barde magicien Väinämöinen, héros du Kalevala, les Finlandais jouent du kantele, l'instrument à cordes sur lequel ils improvisent des chants. Moments en apesanteur, au cours desquels se tissent les mythes.

Ces poèmes voyagent jusqu’au nord de la Finlande, près du cercle arctique, au royaume des aurores boréales. Les légendes sames (ou lapones) y voient un “feu de renard”,  un renard arctique aurait frotté sa queue sur la neige. Il est possible de les admirer près de deux cents fois par an lors des nuits sombres et dégagées… loin des lumières de la ville.
Attention, l’hiver finlandais ne dure pas éternellement. Bientôt régnera le soleil sur le jour et la nuit, au cours des fameuses nuits blanches. Les Finlandais, eux, continuent à chanter leur pays.