Neuf mois après la publication des résultats d'une expertise collective de l'Inserm s'intéressant aux liens entre l'environnement et le développement de neuf cancers, l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) a rendu ce jeudi un avis sur cette question délicate, source de controverses scientifiques.

Rappel
Dans une précédente expertise datée de 2005, l'Inserm notait une augmentation de l'incidence de l'ensemble des cancers étudiés de 1980 à 2005 en France que ce soit chez les femmes comme chez les hommes, excepté pour le cancer de l'ovaire chez la femme en baisse de 0,4% et des lymphomes de Hodgkin en baisse de 0,9% sur cette même période. La plus forte augmentation de cas de cancers constatée entre 1980 et 2005 étant de +6% pour le cancer de la thyroïde chez la femme et de +6,3% pour le cancer de la prostate chez l'homme.

Avis et recommandations
L'un des principaux enseignements que tire l'Afsset de son analyse et des nombreuses auditions de spécialistes et d'associations effectuées, s'inscrit dans la logique du principe de précaution. Elle note ainsi à propos des agents dont le caractère cancérogène reste en débat que leur "substitution […] par d’autres substances moins dangereuses, chaque fois qu’il est possible de le faire, constitue un des moyens efficaces de réduire les risques tant en population générale qu’en milieu de travail".

Suivant ce principe, elle estime que c'est aux industriels et acteurs socio-économiques d'apporter la preuve que leurs produits, notamment les produits récents tels que les nanoparticules, ne présentent aucun danger pour la santé.

Agents cancérogènes avérés
Pour les agents cancérogènes avérés, l'Agence préconise, entre autres, de revoir la réglementation actuelle sur l'amiante notamment en terme de mesure, et de substituer le formaldéhyde (utiliser dans la production de résine et de matière plastique) par d’autres substances et/ou procédés. Elle recommande également d'améliorer l’étiquetage des produits de consommation courante (par exemple, produits ménagers, vernis, colles) en ce qui concerne le formaldéhyde, et l’étiquetage obligatoire des matériaux de construction et de décoration en ce qui concerne le Benzène.

Pollution aux particules fines
Par ailleurs, l'Agence préconise d'établir en France des valeurs limites journalières de 25 μg/m3 et annuelles de 10 μg/m3 des émissions de particules fines, type PM2,5, dégagées notamment par les véhicules à moteurs, suivant ainsi les recommandation de l'OMS. L'Afsset souligne encore l'intérêt de lancer une campagne de mesure des imprégnations de pesticides dans la population française.


Concernant l'évolution de l'incidence des neuf cancers étudiés. L'Agence note, par exemple pour le cancer des testicules, mieux traités mais en augmentation actuellement, l'intérêt d'études sur l'interaction entre la grossesse et l'environnement dans lequel les femmes enceintes évoluent (travail, logement…), afin d'améliorer les connaissances quand au rapport entre une pathologie malformative en augmentation appelée "cryptorchidie" et le cancer des testicules. L'Afsset souligne par ailleurs, concernant le cancer du sein, l'un des plus courants chez la femme, l'importance de connaitre les doses de rayonnement subies par les seins, notamment durant les examens radiologiques répétés, et précise que les études concernant les facteurs environnementaux doivent être approfondies, car les récentes données sur le sujet renforcent l'idée que ces facteurs jouent un rôle dans le développement de ce type de cancers.

En tout état de cause, l'Afsset rappelle que la relation entre environnement et cancers est soit établie pour certains agents, soit considérée comme probable ou possible pour d'autres, mais le champ d'étude reste vaste et "la plupart des cancers ont une origine multifactorielle", souligne l'Agence.