A première vue, le travail d’Art Spiegelman semble se partager entre la BD et les illustrations de couvertures. Mais derrière ce trait énergique au crayon gras, ces profusions de couleurs, combien d’essais, de calques a-t-il fallu ? La galerie Martel, nichée dans une rue sympathique du Xe arrondissement, lui consacre ses murs. Le visiteur peut admirer un grand nombre de projets et d’esquisses, entourant leur résultat final. Une nouvelle dimension de l’œuvre apparaît : la relation très forte que Spiegelman entretient avec son pays. Le volet autobiographique, très présent à ses débuts, se déroule le long de cases où il rappelle ses traumatismes (ses parents rescapés des camps de la mort, sa mère qui s’est suicidée sans un mot quand il avait 20 ans). Maus, qui lui a rapporté le prix Pulitzer en 1992, est volontairement laissé de côté au profit de dessins méconnus et des excellentes couvertures que Spiegelman réalise pour le New Yorker. L’humour est noir, très noir. Le 11-Septembre est évoqué par les réactions des New-Yorkais — un terrible dessin montre des gens faire littéralement l’autruche dans les gravats. Parmi les raretés, la galerie expose de splendides couvertures de romans de Boris Vian, et tout un mur couvert de carnets de dessins en fac-simité, que l’on peut feuilleter à loisir. Et pour les collectionneurs, la galerie Martel met en vente des sérigraphies ainsi qu’un portfolio limité à 100 exemplaires, contenant cinq sérigraphies numérotées et signées par l’artiste.