Quand on la voit enfin apparaitre à l’écran, de dos, mains dans les poches de son blouson de cuir, dévalant les couloirs du métro, on en frissonne presque d’excitation. L’héroïne de Millénium, c’est elle, Lisbeth. Noomi Rapace, inconnue de 29 ans, était attendue au tournant en enfilant la carapace de cette anti-héroïne. Verdict : elle crève l’écran. Rencontre avec l’actrice qui monte, qui a retrouvé depuis ses cheveux longs et son sourire.
Faut-il être un peu barjo pour jouer Lisbeth Salander ?
Sûrement ! Quand j’ai lu les livres, je me suis projetée dans Lisbeth, comme je le fais toujours dans tout ce que je vois (rires). Elle est double, complexe, c’est une vraie tête de mule, mais j’adore, je suis aussi comme ça, parfois. (Rires)
Lisbeth ne correspond à aucun stéréotype. Dans la première version du scénario, on avait rendu Lisbeth un peu trop douce et gentille à mon goût. J’étais horrifiée, je ne pouvais pas jouer comme ça, à l’Américaine ! Alors j’ai dû imposer ma vision, et j’ai gagné.
Comment s’est opérée votre transformation ?
J’ai suivi un entraînement de kick-boxing, pendant six mois avant le tournage. J’ai tenté de gommer ma féminité, de me comporter davantage en mec. Dans le livre, Lisbeth est menue, presque anorexique, elle ne se nourrit que de junk food et fume tout le temps, elle n’était pas très réaliste. J’ai essayé de la transformer en personne réelle. Maigrir et me durcir ne suffisait pas : j’ai voulu jouer moi-même les scènes d’action, et dans la scène de viol, j’ai dû ravaler ma fierté, oublier mes complexes, et laisser parler la peur au fond de moi.
Vous y avez mis beaucoup de vous-même…
Quand j’avais 7 ans, je vivais en Islande, et j’ai joué un tout petit rôle dans un film. J’ai adoré ça, c’était très festif, et en une seconde j’ai décidé de devenir actrice. Après, j’ai toujours été livrée à moi-même. j’ai quitté la maison très tôt, pour étudier le théâtre à Stockholm. J’étais un peu marginale, alors je peux comprendre la méfiance de Lisbeth envers la police, l’école, les médecins, la société entière… je crois qu’il y a beaucoup de Lisbeth dans le monde, qui combattent dans l’ombre pour avoir le droit de vivre.
Vous doutez-vous que vous éclipsez Blomkvist ?
On s’est beaucoup disputés avec le réalisateur à propos des coupes, du rôle que Lisbeth devait jouer, sa relation avec Blomkvist, avec Bjurman… Mais je crois que ça respecte le livre.
Vous avez tourné les trois films en très peu de temps. Avez-vous quitté Lisbeth avec soulagement ou regret ?
On était très fatigués après le tournage du premier, et le fait de changer de réalisateur a amené de la fraîcheur, une nouvelle énergie. Daniel Alfredsson était très à l’écoute, respectueux. Lisbeth me manque un peu, mais c’est bien aussi que ce soit terminé…



































