Thomas Sirdey est un homme heureux. Cofondateur et vice-président de Japan Expo, ce passionné a vu son festival devenir le plus grand événement culturel de juillet en Ile-de-France : près de 150 000 festivaliers devraient se rendre au parc des Expositions de Villepinte ce week-end, pour s'imprégner de culture japonaise et casser quelques clichés en s'amusant. Entretien.

10 ans déjà ! A quoi ressemblait le tout premier Japan Expo ?
C'était juste un salon du manga et de l'animation, avant qu'il ne s'ouvre à la culture traditionnelle, à la mode... On a commencé dans un garage et dans les sous-sols d'une école, c'était underground dans tous les sens du terme ! Le public alors était exclusivement composé de fans de mangas et d'animation (les "otakus"), c'était moins grand public qu'aujourd'hui. Ces fans constituaient une population plutôt mal vue ; ils avaient le même parcours que les geeks, dont on se moquait avant, et qui sont devenu hype aujourd'hui. Notre premier public, majoritairement masculin, était obligé de se fournir en japonais, tout n'était pas disponible en France.

Tout avait commencé il y a 20 ans, avec les dessins animés du Club Dorothée ; est-ce le manga qui vraiment lancé le phénomène ?
Oui, d'ailleurs, les premiers mangas qu'on a eus ici étaient des adaptations de ces dessins animés : Nicky Larson, les Chevaliers du Zodiaque... Les éditeurs ont ferré tous ceux qui étaient en manque de ces dessins animés à la télé. Ensuite, de fil en aiguille, de plus en plus de livres sont sortis, de plus en plus d'éditeurs sont nés, et ça a donné le phénomène qu'on connaît.

Qu'est-ce qui accroche tant dans les mangas par rapport à la BD traditionnelle ?
Déjà, le manga a repris un public jeune, un peu abandonné par la BD franco-belge. On est revenus à la BD feuilleton, avec des parutions rapides, dans des livres de 200 pages en noir et blanc, pas chers... C'était aussi un moyen pour ces jeunes de s'approprier une culture différente de celle de leurs parents. Cette culture s'est démocratisée en devenant une nouvelle culture alternative. Dès le premier Japan Expo il y a eu du cosplay, ça a toujours accompagné l'esprit des conventions.Tout un univers culturel s'est créé, avec la mode, la musique... autant de branches que présente Japan Expo.

La J-Pop peut-elle percer en France ?
Difficile à dire, parce que c'est encore très récent. Mais quand Mika Nakashima est venue à la Fnac, ils n'ont jamais vendu autant de CD en dédicace que pour elle ! Mais ça reste encore de l'anecdote, c'est un marché réduit mais on espère que ça va prendre, dans la mesure où le Japon est un énorme producteur de musique dans le monde. A Japan Expo, on va projeter un film sur le groupe L'arc-en-ciel, sur le concert qu'ils ont donné à Paris l'an dernier ; ils ont quand même rempli le Zénith...

L'aspect visuel compte beaucoup ?
Pour le visual kei, oui. C'est X Japan qui a lancé cette mode, ce rock agressif avec des looks délirants. Mais parmi les 16 concerts qu'on va donner, seulement deux sont visual kei. A côté de ça, on a de la pop, du métal... La musique japonaise est très diversifiée.

Y'a-t-il un profil du visiteur type de Japan Expo qui se dessine ?
D'après nos sondages, il y a autant de filles que de garçons. C'est un marché qui s'agrandit. Le visiteur est jeune, il fait des études ou commence à travailler ; notre coeur de cible se situe entre 15 et 25 ans. Ce sont des gens très investis dans leur passion, que ce soit dans leurs achats, dans les costumes, les blogs ou les fanzines qu'ils créent : c'est une communauté active et très créative. Ils ne sont pas dans la consommation passive.

Une idée fausse sur Japan Expo qu'il faut détruire une fois pour toutes ?
Il faut encore militer pour dire que le manga, ce n'est pas que du cul et de la violence. La semaine dernière, j'ai participé à une émission de télé où on m'a encore sorti ça. Et rappeler que ce n'est pas parce que les gens s'amusent qu'ils sont tarés... Tous ces gens se déguisent le temps de Japan Expo, rares sont ceux qui s'habillent comme ça tous les jours ! C'est une sorte de carnaval moderne, les gens sont là pour s'amuser avant tout.

Japan Expo dans 10 ans, ça ressemblera à quoi ?
Ce sera encore plus exotique, j'espère. On espère développer d'autres thématiques, développer le versant occidental de la pop culture, avec les séries télé... Notre objectif, c'est d'être le plus exhaustif possible, parce que chaque année on est un peu frustrés de ne pas avoir pu organiser certaines choses, comme le kyudo (tir à l'arc traditionnel), mais on le fera l'année prochaine.