"Années fric, années pub, années com, années Reagan, tout cela on le sait, c’est même devenu un cliché, mais de fait les années 80 furent exactement le cliché qu’elles sont restées dans les mémoires" écrit François Bégaudeau. Contre-révolution dans le domaine des lettres et de la philosophie : retour du personnage et de l'histoire, là où les théoriciens du Nouveau roman cherchaient à l'exclure et "apparition" des nouveaux philosophes ou amorce du règne de l'intellectuel médiatique : les eighties s'inscrivent d'abord en contre. Contre la mauvaise conscience des années après-guerre, contre les années 60 et 70, pour la réhabilitation du sujet... Les avant-gardes et théories tombent en désuétude et le nouveau paradigme s'énonce plutôt dans une dispersion des formes. Les catégories s'estompent en faisant fi des clivages classiques.
Les temps forts
Après des décennies d'immobilisme intellectuel, l'Académie française secoue enfin sa léthargie et élit pour la première fois une fois une femme, Marguerite Yourcenar, le 6 mars 1980. Autre événement trois ans plus tard : le poète et homme d'état sénégalais Léopold Sédar Senghor accède au rang des "immortels" et devient ainsi le premier africain à rejoindre l'Académie. En 1981, Régine Desforges entame la fresque de la Bicyclette bleue, tandis que l'année suivante le "Nom de la Rose" d'Umberto Eco enfin traduit en français, remporte le prix Médicis étranger, l'année où Gabriel Garcia Marquez empoche le prix Nobel de littérature. En 1984, Marguerite Duras remporte enfin le prix Goncourt avec "L'amant". En 1988, le cinquième roman de Salman Rushdie obtient le Whitbread Award… avant de déchainer un an plus tard les foudres de l'ayatollah Khomeini qui publie une fatwa de mort contre lui. Mais les années 80 marquent aussi l'émergence du grand roman américain sur la scène littéraire avec Sam Sheppard, Russell Banks, Bret Easton Ellis…
La nouvelle philosophie
Incarnée par les Bernard-Henry Lévy, Jean-Paul Dollé, André Glucksmann, Gilles Susong etc… la "nouvelle philosophie" entend prendre les problématiques sociétales, politiques - engendrées notamment par les totalitarismes - à bras le corps. Contre la philosophie dogmatique, engoncée dans sa "tour d'ivoire", ces représentants souhaitent l'ouvrir sur la scène internationale et politique, par le biais des médias de masse suscitant par là-même la critique de Gilles Deleuze, Jacques Derrida ou encore Pierre Bourdieu, coupables selon eux d'avoir créé un véritable "marketing littéraire et philosophique". "Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D'abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l'ange. En même temps, plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d'importance, plus le sujet d'énonciation se donne de l'importance par rapport aux énoncés vides(…).



































