" Un journal comme un travail de prise de conscience". La formule sonne comme un avertissement au lecteur. Ne venez pas chercher là les confidences de l'auteur, les révélations propres au diariste classique. Nul "cher journal". Nul et non avenu les romances ou médisances. Nulle aussi, la volonté d'essaimer pour occuper. "S'occuper est le remède à tous les maux en Amérique. C'est aussi par ce moyen que l'on détruit l'élan créateur".

Une "empreinte digitale"
Seule compte dans ce journal l'analyse que Joyce Carol Oates – professeur de littérature à Princeton, romancière prolixe et nobélisable – entend mener de son moi. Dix ans durant, de 1973 à 1982, de l'Ontario à Princeton. Dix années pendant lesquelles, l'auteur a noirci plus de 4 000 feuillets. Sans rien livrer de son intimité. Si ce n'est celle de sa pensée. "Ecrire est…une drogue, douce, irrésistible, et épuisante". Cette "empreinte digitale", se forme et s'informe des événements de sa vie, des rencontres avec ses collègues, des étudiants ou d'autres écrivains (Philip Roth, John Updike, Susan Sontag, John Didion etc.). Le tout, passé au crible de la réflexion.

Le "nu de l'âme"
Dissection d'une conscience, d'un tissu, d'une pensée. Entre discours sur l'art, l'enseignement et ses contemporains, "le nu de l'âme" se révèle par fragment. Sans souci du lecteur. Pas sûr que cette œuvre éclaire l'œuvre. Ici et là, peut être de façon schématique. L'objectif n'étant justement pas d'en faire un "profil d'une œuvre" mais de montrer ce que peut être le travail d'un écrivain à côté. Un travail de côté. La Oates romancière et enseignante. La Oates, écrivain réfléchissant son art. "Un écrit à soi-même sur soi-même". Il n'est pas vain de dire ici, que l'auteur s'écoute écrire. Et ce bruissement est drôlement foisonnant et pertinent.