Les secrétaires de la Conférence du barreau de Paris viennent de rendre public un rapport sur la visite qu’ils ont effectuée à la souricière (zone d’attente des détenus écroués qui sont extraits de maisons d’arrêt en vue de leur comparution devant une juridiction de jugement) et au dépôt (où sont retenues les personnes déférées à l’issue de leur garde à vue) du palais de justice de Paris.
Face à l’insalubrité des lieux, “indignes de la justice”, ils ont décidé de déposer systématiquement des demandes d’annulation des procédures pénales. Mercredi dernier, le bâtonnier de Paris, Christian Charrière-Bournazel, appelait, lui, à la fermeture et à la rénovation.
Des cellules de 3 m2
“C’est immonde, même un animal ne tiendrait pas là-dedans”, avait confié, en novembre dernier, un avocat de la défense au procès de l’évasion de Fresnes, après que la cour se fut déplacée à la souricière.
Composée de 60 cellules, la souricière accueille en moyenne 80 détenus par jour, à raison de deux ou trois hommes par cellule. “Toutes aveugles, elles sont d’une superficie de 3 m2, urinoir compris.” Chacune dispose d’un banc “trop petit pour supporter trois personnes”.
Les dégradations des murs, la saleté, sont pointées du doigt, avec “des excréments régulièrement projetés sur les murs”. “Les toilettes sont à la turque, sales, quand elles ne sont pas hors de service.” Dans ces 3 m2, “ni papier-toilette ni eau d’évacuation, pas de lavabo, moins encore de douche”.
“Le dépôt, c’est pire”
La saleté et la vétusté de la souricière ne sont pourtant pas les plus effrayantes. “Le dépôt, c’est pire. C’est le
Formule 1, si l’on place la souricière au niveau du quatre-étoiles”, témoignait récemment une personne familière des lieux. Entre 60 et 90 personnes transitent chaque jour par le dépôt et peuvent y être retenues vingt heures tout au plus.
Entre la levée de garde à vue et la comparution devant le magistrat du parquet, c’est le néant. Impossible de savoir ce qui se passe au dépôt.
La majorité des détenus (à quelques exceptions près) y sont regroupés à trois dans des cellules de 7 à 8 m2, “éclairées par une lumière blafarde”. A l’intérieur, trois lits superposés “composés d’une simple planche en bois, sans matelas, sans couverture”, des toilettes exposées au regard “des gardiens et des autres prévenus”, “sales”, dégageant “une odeur nauséabonde”.
Les fouilles, quant à elles, “s’effectuent dans le couloir, dans une intimité quasi inexistante”. “Un de mes clients a passé dix-neuf heures au dépôt, il en est ressorti recouvert de pustules rouges. Le lien de cause à effet ne fait selon lui aucun doute”, indiquait hier maître Ohayon, avocat au barreau de Paris.
La préfecture de police de Paris, qui gère le dépôt, refuse toute visite aux journalistes, pour des raisons de sécurité. Même notre demande de reportage sur les sœurs du dépôt, qui s’occupent du quartier des femmes, a été rejetée.





















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