Pourquoi avoir créé un Parti pirate ?
Après les luttes contre les lois DADVSI, Hadopi, il y avait grand besoin de continuer à défendre les libertés numériques. Nous ne voulions pas que les collectifs nés de ces combats se dispersent. Après les récentes déclarations de Jean-François Copé ou de Nicolas Sarkozy sur leur volonté d’aller au bout sur Hadopi, nous avons décidé de passer à l’action en nous inspirant du Parti pirate suédois. Nous souhaitons préserver la liberté sur Internet, une solidarité renouvelée. Nous ne voulons pas qu’Internet, lieu de liberté par excellence, se transforme en média comme la télévision, où l’on impose par le haut.

Quelle population visez-vous ?
Avant des jeunes. En Suède, le Parti pirate a réuni 23% des jeunes de moins de 30 ans aux dernières européennes. Nous nous adressons à des jeunes qui utilisent Internet au quotidien ou à des gens plus spécialisés. Mais, on le voit aujourd’hui avec ce qui se passe en Iran, ces enjeux dépassent le simple téléchargement.

Ce n’est donc pas un coup de pub ? Vous voulez vous installer durablement dans le paysage politique ?
Bien sûr. Nous avons communiqué en créant un groupe Facebook, nous avons demandé à des webmasters de nous rejoindre, car la communication est importante. Mais nous allons maintenant freiner un peu cette communication, pour tenter d’approfondir le débat et tisser des liens. D’ici un mois à un mois et demi, nous lancerons notre site, ainsi qu’un forum et nous publierons un manifeste assez long.

D’autres initiatives avaient déjà été tentées. Vous avez contacté les fondateurs de ces mouvements ?
Oui, dès que nous trouvons des contacts, nous nous mettons en relation avec eux. Mais c’est parfois difficile car certains utilisent des pseudos.

Vous avez l’impression que vos idées n’étaient défendues par aucun parti traditionnel ?
Oui, nous ne nous retrouvions dans aucun. Et, en même temps, nous défendons à la fois des valeurs de gauche et des valeurs de droite.

Personnellement, vous vous êtes engagé dans Désirs d’avenir lors de la présidentielle ?
Oui, c’était davantage pour Ségolène Royal, car j’appréciais sa démarche sur Internet, que pour le parti socialiste. Et c’était surtout lors de la campagne interne, alors même que je n’étais pas adhérent socialiste.

Quelles sont vos propositions ?
Elles tournent autour de trois axes. Tout d’abord, nous demandons une réforme du droit d’auteurs. Actuellement, il est d’une durée de 50 ans, la Commission européenne souhaiterait le faire passer à 75, ce à quoi nous nous opposons. Nous demandons au contraire qu’il soit abaissé à 5 ou 10 ans pour les échanges commerciaux. Pour les échanges non commerciaux, nous demandons la légalisation de toutes les formes de streaming et de peer-to-peer, pour que le plus grand nombre ait accès à la culture. Le deuxième axe, c’est une réflexion sur le système des brevets. Dans le domaine des brevets logiciels, de gros problèmes de monopoles subsistent. On peut élargir la problématique aux brevets pharmaceutiques et aux brevets sur le vivant. Enfin, dernier axe de nos propositions : tout ce qui a trait à l’anonymisation sur Internet. Nous voulons que la loi sur le secret postal soit étendue à toutes les communications, mail, MMS… Il est tout de même anormal que l’on puisse lire les mails de n’importe qui.

Pour vous, quelle est la priorité actuelle ? Revenir sur Hadopi ?
Hadopi est voté, la majorité ne va pas changer maintenant et nous n’avons pas d’élu. Je pense donc que la priorité doit être de combattre Loppsi, le nouveau projet conduit par le Ministère de l’Intérieur et qui sera débattu à la rentrée. Sous prétexte de lutter contre la pédopornographie, le gouvernement prépare une loi hautement liberticide. On va filtrer un certain nombre de sites et l’expérience menée en Australie montre que sur tous les sites filtrés, 63% n’avaient rien à voir avec la pédopornographie. Des sites critiques envers le gouvernement ont été censurés et même un cabinet dentaire ! De plus, cette loi serait inefficace car la plupart des délinquants s’échangeraient des photos en cryptant leur mail, leur réseau peer-to-peer, en utilisant des adresses IP mobiles ou à l’étranger. Enfin, en créant des points d’entrée sur le réseau, on remet en cause le principe même d’Internet. En cas de cyber-attaque, cela pourrait créer de gros dommages pour le réseau.

Présenterez-vous des candidats aux prochaines élections ?
Oui, nous allons d’abord élaborer un programme, nous structurer. Nous allons nous reposer sur des sympathisants : notre groupe Facebook regroupe déjà 1.500 membres et, au vu des e-mails que j’ai reçus, la plupart sont des membres actifs. Nous allons aussi sans doute organiser une réunion publique cet été, puis lancer une campagne d’adhésion, à des tarifs extrêmement bas, peut-être à un euro symbolique.