Pourquoi ce livre ?
J’avais déjà été sollicité par des maisons d’éditions il y a quelques années, mais je ne me sentais pas prêt à entamer cette démarche. J’ai été contacté de nouveau il y a peu, et l’on m’a convaincu de l’utilité de témoigner de mon travail de policier.
Après 17 années passées dans la police, j’ai ressenti le besoin d’expliquer mon parcours. Je voulais envoyer un message aux quelques centaines de milliers de jeunes issus des quartiers populaires, pour leur dire qu’avec de la motivation et du travail, on peut s’en sortir en France.
Je voulais prendre le contre-pied du misérabilisme et de la victimisation qui est trop courante, car cela ne permet pas aux gens d’avancer. Je suis la preuve que lorsque l’on vient d’un quartier populaire, après l’arrivée d’Algérie, issu d’une minorité ethnique et d’une famille nombreuse aux moyens modestes, on peut s’en sortir, pour peu que l’on ait eu une éducation.
C’est un témoignage optimiste à ces jeunes qui ne se sentent pas Français : je veux leur dire, vous êtes Français, vous faites partie de ce pays, mais si vous voulez réussir, il faut que vous fassiez vos preuves.
Quelle est la différence entre votre jeunesse et celle des adolescents issus des quartiers populaires aujourd'hui ?
Je pense que lorsque l’on est enfant ou adolescent, il faut trois choses pour réussir son passage à la vie adulte : l’amour de ses parents, des règles de vie, et s’inspirer d’un modèle. Pour ma part, j’ai pu bénéficier des trois.
Je pense qu’à l’origine de l’échec scolaire, il y a un déficit éducatif. Si aujourd’hui les bandes sont aussi présentes dans certains quartiers populaires, c’est parce que la bande est un peu la famille que ces jeunes n’ont pas eu. Le défaut éducatif est le terreau favorable à l’émergence de la délinquance. La construction de l’être humain en temps que citoyen c’est une mission qui relève de l’école.
Jeune, ressentiez-vous déjà des discriminations ?
Comme j’habitais dans un quartier populaire, le paradoxe était que c’était aux "Français de souche" de s’intégrer. Lorsque j’étais écolier, l’écrasante majorité de mes petits camarades était d’origine algérienne, africaine, espagnole et portugaie. Il n’y avait pas de discriminations entre nous, bien que j’ai pu connaître des enseignants « vieille France » ; dont certains ne se privaient pas de me rappeler que je n’étais pas tout à fait Français. Mais je sais que ces épisodes sont connus aussi par les jeunes d’aujourd’hui.
Pourquoi avez-vous intégré la Police ?
Ce n’était pas par vocation, mais par hasard. J’ai fait la rencontre d’un policier des RG qui m’a donné envie de faire ce métier. De plus, je suis quelqu’un qui adore les challenges, et en 1992, on n’attendait pas quelqu’un comme moi comme officier de police. Je venais d’un quartier populaire, je m’appelais Mohamed, j’avais une vision de la police assez défavorable. J’ai trouvé dans la Police un métier ou la routine n’existait pas, ou l’on concilie la réflexion et l’action. De plus, la Police est un poste d’observation de tous les dysfonctionnements de la société. Au-delà de ça, je suis quelqu’un qui aime servir l’autre. La France m’a accueilli, je trouvais normal de rendre une parcelle de ce qu’elle m’a donné.
On a beaucoup évoqué le phénomène des bandes ces dernières semaines. Pensez-vous qu’il est nécessaire de légiférer compte tenu de l’arsenal législatif existant ?
C’est un phénomène inquiétant, bien qu’il ne soit pas nouveau. Depuis le début du XXe siècle, on a connu les "Apaches" et les "Blousons noirs" entre autres… Ce qui est nouveau en revanche, c’est que les membres de ces bandes sont bien plus jeunes qu’auparavant ; que les armes circulent plus facilement, et que les messages véhiculés sont d’une extrême violence.
Ce qui m’inquiète, c’est l’exacerbation de la violence gratuite, une sorte de syndrome "Orange mécanique". Dans ce sens, le projet de loi déposé par Christian Estrosi est fondamental, et permettra d’apporter une réponse pénale adapté à ce type de délit.
Vous évoquez 25 propositions pour améliorer le fonctionnement de la police. Quelles sont celles qui vous apparaissent comme particulièrement prioritaires ?
J’ai souhaité dépasser le simple constat, et proposer des pistes qui peuvent s’avérer efficaces pour tous. En cela, ces propositions sont directement adressées aux hommes politiques. Parmi les plus importantes, j’en retiendrais cinq : alléger le formalisme procédural, car les policiers passent trop de temps sur la forme au détriment du fond. Il faut moins de paperasse et plus de temps consacré à l’investigation.
Ensuite, il faut réhabiliter la loi anti-casseur. Troisième point, au niveau de la prévention, il faut mieux évaluer les dispositifs de prévention, et mieux établir les subventions entre les associations. Ensuite, il faudrait établir davantage de diversité dans la haute fonction publique ; qui est souvent discréditée car déconnectée du réel. Enfin, il faut mettre en place des financements afin d’indemniser - de façon intégrale et sans conditions de ressources - toutes les victimes.



































