Quatre jours après le scrutin, soupçonné d’irrégularités, qui a reconduit Mahmoud Ahmadinejad à la tête du pays, d’impressionnantes manifestations de partisans du président iranien et d’opposants se sont déroulées hier à Téhéran. Ce déferlement populaire, qui s’est déroulé dans une atmosphère tendue, a conduit le Guide suprême, Ali Khamenei, à demander un recomptage partiel des voix, “si nécessaire”. Alors que le pays est confronté à ces importants soubresauts, Mahmoud Ahma­dinejad, lui, était en déplacement en Russie...

La presse étrangère écartée
Samedi, au lendemain des résultats du scrutin, les premières émeutes avaient éclaté dans la capitale, avant de se propager aux grandes villes de province. Lundi soir, plusieurs centaines de partisans de Mir Hossein Moussavi, candidat battu aux élections, s’étaient réunis dans les rues de Téhéran, malgré l’interdiction de rassemblement. Selon la radio officielle, sept personnes ont été tués lors d’affrontements. Hier, bien que Moussavi ait appelé ses supporters à ne pas manifester, plusieurs milliers d’entre eux se sont rassemblés, tandis que les rares médias encore présents soulignaient que “des arrestations de proches de Moussavi se multipliaient”. Les autorités iraniennes ont en effet interdit à la presse étrangère de couvrir ces manifestations “illégales”, ainsi que tout événement ne se trouvant pas “au programme” du ministère de la Culture et de la “Guidance” islamique. De même, le premier réseau iranien de téléphonie mobile, contrôlé par l’Etat, a été coupé dans l’après-midi à Téhéran.
A l’opposé, les supporters d’Ahmadinejad défilaient dans le centre-ville de Téhéran, à l’appel du pouvoir, sous l’œil des caméras de la télévision d’Etat. Alors que plusieurs manifestations de soutien à Moussavi se sont déroulées en Grèce, aux Etats-Unis, au Danemark et en France (voir ci contre), et que l’Iran traverse sa pire crise depuis la révolution islamique de 1979, Barack Obama s’est dit “inquiet”, assurant toujours vouloir “renouer le dialogue” avec le pays. Dans le même temps, plusieurs diplomates européens ont été convoqués au ministère iranien des Affaires étrangères, qui a protesté contre la réaction des dirigeants de ces pays après les violences. “Ni l’Union européenne ni aucun autre pays ne sont en position d’avoir le droit de s’ingérer et de faire des remarques grossières à l’encontre de l’Iran”, a dit le ministère au Tchèque Josef Havlas, représentant de la présidence tournante de l’UE.