campagne. Branle-bas de combat, hier matin, au siège du FN d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). A quatre jours du deuxième tour de l’élection municipale, qui pourrait voir le parti d’extrême droite remporter la mairie, c’est l’effervescence. Alors qu’au fond de la permanence, une plieuse tourne à plein régime pour préparer les tracts, une armée de militants commence à se mettre en marche.
La ville de 28 000 habitants est quadrillée, aucune boîte aux lettres ne sera oubliée : 12 000 nouveaux prospectus sont rédigés et distribués chaque jour. “On va transformer l’essai”, assure Steeve Briois, la tête de liste. Celui qui se présente sur les affiches comme “l’enfant du pays” a recueilli au premier tour près de 40% des suffrages. “On a mille voix à gagner, on va aller les chercher”, s’enthousiasme-t-il. Au milieu de l’agitation, Marine Le Pen enchaîne les interviews. La vice-présidente du FN, qui deviendrait première adjointe à la mairie en cas de victoire, savoure. Son parti, miné par les défections et les échecs électoraux au niveau national, a réussi un nouveau “coup”. Depuis dimanche soir, il est revenu au centre des attentions. Du PCF à l’UMP, des personnalités politiques nationales de tous bords appellent à lui faire barrage. “Ce front républicain sorti de la naphtaline, c’est de l’hystérie, raille Marine Le Pen. Ce qu’ils craignent, c’est la diffusion, l’imprégnation du FN. On prouve qu’il n’est pas mort et qu’il est encore capable de se développer de manière spectaculaire.”

La colère des Héninois
A Hénin-Beaumont, ancienne cité minière frappée de plein fouet par le chômage, le FN a trouvé tous les ingrédients pour renouer avec le succès : un climat local délétère, une gauche divisée et, surtout, des affaires de corruption. Dans les rues du centre-ville, les habitants n’ont qu’un nom à la bouche : Gérard Dalongeville, l’ancien maire, en prison depuis le mois d’avril pour détournements de fonds et clientélisme présumés. “On avait confiance en lui et il nous a sacqués”, s’emporte Florence, une ancienne ouvrière de 67 ans.
Aujourd’hui la ville est dans une situation financière désastreuse et les impôts locaux ont explosé. Du pain bénit pour le FN. Dans ce contexte, difficile pour l’adversaire de Steeve Briois, Daniel Duquenne, d’apparaître comme le candidat du changement. Même si le divers gauche, arrivé deuxième dimanche avec 20% des voix devant le socialiste Pierre Ferrari, s’est opposé au maire déchu depuis plusieurs années : “Le FN, avec son discours classique du ‘tous pourris’, brouille mon image en sous-entendant que je suis lié à l’ancienne équipe”, explique-t-il, un brin de fatalisme dans la voix. La gauche a totalisé 53% des voix au premier tour, mais rien n’est joué, bien au contraire. A Hénin-Beaumont, où le tabou du vote FN est définitivement tombé, tout le monde l’assure : le résultat sera serré dimanche soir.