Six mois après son terrible accident, au large de l’Australie, et raconté avec humilité dans “Survivant des mers du Sud”, le skipper de Generali Yann Eliès a signé un retour tonitruant à la compétition : victoire dans la Solo Concarneau, succès dans la Transmanche. Equipier modèle le temps du convoyage de Maxi Banque Populaire fin juin à New York, le Briochin n’est pas rassasié. La semaine prochaine, il prendra le départ d’une formidable Solitaire du Figaro.

Passer d’un maxi trimaran comme Banque Populaire à un bateau de la classe Figaro n’est pas trop déboussolant ?

C’est une chance plus qu’un inconvénient. Ce sont presque deux disciplines différentes. Sur le grand multicoque, l’objectif est d’aller le plus vite possible sans casser le matériel. Mon rôle de marin à bord du bateau de Pascal Bidégorry se limitait à de la gestion. Là dans le Figaro, je suis plus skipper de mon bateau car je suis tout seul. J’ai un peu plus d’aspects à maîtriser sans avoir le stress de gérer une grosse machine ou 15 personnes.

Le plaisir que vous en retirez est différent lui aussi ?

Je n’ai pas envie de comparer l’un par rapport à l’autre en disant que que l’un est mieux que l’autre. Les deux te procurent des sensations hors du commun. Ca fait un peu enfant gaté mais j’ai envie de faire les deux. Même si il y a effectivement peut-être une dose de plaisir supplémentaire à naviguer sur des Figaro dans le sens où c’est beaucoup plus simple à mettre en oeuvre.

Depuis la fin de votre convalescence, vous naviguez énormément. C’était une nécessité pour vous de repartir tout de suite en mer ?

La leçon que j’ai retenu de mon accident, est que tout peut basculer vite, et qu’il faut en profiter au maximum. Tant professionnellement qu’au niveau familial. Il était vital pour moi dans un premier temps de retourner sur l’eau le plus vite possible. Puis après une ou deux régates, les projets d’aller plus loin que ce soit sur une transat ou sur un tour du monde sont revenus.

Vous vous attendiez à revenir aussi fort après le traumatisme du Vendée Globe ?

Non, absolument pas. Je pensais que 2009 serait plus une année de transition. L’occasion de faire le point sur ce que j’ai envie de faire. C’est extrêmement rapide y compris la façon dont je récupère. J’ai l’impression d’avoir franchi un cap, de penser de moins en moins à ma jambe. Il faut se souvenir qu’au mois de jnvier dernier, j’étais dans un fauteuil roulant. Et me retrouver là, aujourd’hui comme ça, j’hallucine un peu.

Vous avez définitivement tourné la page de l’accident ?

Non pas encore. Ca a été une émotion très forte. Et puis on m’en reparle souvent. Maintenant, ce n’est pas plus handicapant que cela. Le problème est moins mental que physique.

Quels sont vos projets après la Solitaire du Figaro ?

Début septembre, j’ai une course en double toujours sur Figaro, le Tour de la Bretagne. Et en octobre, je serais en stand by avec le team Banque Populaire pour le trophée Jules Verne (tour du monde en equipage don’t il est double détenteur avec Orange). Parallèllement, il faut que je retrouve de l’argent pour faire vivre mon équipe – son sponsor Generali se retire fin 2010 – et essayer de monter un projet en vue du Vendée Globe 2012.

C’est une décision qui a été difficile à prendre ?

Non, il y avait l’envie de revivre un défi aussi intense que celui que j’ai vécu. Et puis malheureusement en voile en ce moment, il n’y a pas grand chose qui sportivement soit aussi motivant. S’il y avait une opportunité en multicoque, je partirais bien aussi.